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Entreprises - La Tribune AfriqueLes nouveaux champions du Sud - La Tribune Afrique

« L'Afrique a l'avantage de pouvoir développer des solutions uniques à ses propres problèmes »

Interview Partenaire

Publié le 23 octobre 2017 à 14:34 - Mis à jour le 24 octobre 2017 à 09:29

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La dynamique de croissance enregistrée sur le Continent attire les géants mondiaux, parmi lesquels SAP, qui a consacré en 2014 plus de 500 millions de dollars d'investissement à son développement en Afrique. Frédéric Alran, Managing Director SAP Francophone Africa, revient pour La Tribune Afrique sur cette dynamique que vit le Continent et sur la stratégie de leader du marché des applications d'entreprise qui accompagne aujourd'hui les entreprises africaines jusqu'au coeur de la révolution technologique...

La Tribune Afrique : Le Continent est marqué par une croissance rapide qui favorise l'émergence de grandes entreprises africaines. Quels sont les enjeux auxquels doivent faire face ces acteurs dans leur intégration dans l'économie continentale et mondiale ?

Frédéric Alran : Les défis pour développer une entreprise panafricaine recouvrent plusieurs aspects, tels que l'incertitude politique, les restrictions à la mobilité de la main-d'oeuvre et les questions de change. D'autres entraves aux entreprises transfrontalières peuvent être les restrictions associées au déménagement d'un pays africain à l'autre, ainsi que des contraintes liées aux échanges dans certains pays africains. Ceci dit, l'Afrique est une destination de plus en plus attrayante pour les investissements à l'étranger, car elle abrite sept des onze économies les plus dynamiques au monde. L'Afrique a également une population jeune qui, si elle est formée pour acquérir les compétences numériques adéquates, peut facilement devenir un groupe de talent pour répondre aux besoins du reste du monde. De plus, de nombreux défis continentaux doivent être relevés pour permettre aux entreprises panafricaines de se développer, dans un climat des affaires plus attractif et facilitateur de croissance.

Quels sont justement ces défis ?

Les notations Doing Business de la Banque mondiale sont situées à des niveaux bas pour de nombreux pays africains. Cela est principalement dû à la difficulté de la mise en place d'une entreprise à cause des diverses exigences réglementaires. Il y a aussi le défi de la taille du marché. La classe moyenne africaine se développe, mais les recherches suggèrent que le pouvoir de dépenser des consommateurs ne croît pas au rythme attendu. La classe moyenne continuera de croître, mais les entreprises doivent être réalistes quant à leurs objectifs. Les entreprises doivent adapter leurs lignes de produits et de services au marché tel qu'il est aujourd'hui. Au-delà de ces aspects purement business, il y a encore d'autres défis majeurs à relever. Plus de 620 millions d'Africains n'ont pas accès à l'électricité. Cela affecte les entreprises de plusieurs façons, notamment l'incapacité d'effectuer des tâches de base ou les frais d'achat et de maintenance d'un générateur de sauvegarde coûteux. Il y a le défi de la connectivité. Seulement 26,5 % des Africains ont accès à Internet. Dans les zones urbaines, la disponibilité et la qualité sont entravées par des pannes et des coûts élevés.
On peut parler également du Talent Gap. Il existe des déficits en compétences dans tout le Continent dans un certain nombre de domaines, notamment dans le secteur des TIC. Le transfert d'argent vers ou en provenance d'Afrique coûte cher. Les frais bancaires sont élevés et les services peuvent être très coûteux en commissions. Sans oublier le volet logistique : l'infrastructure logistique manque dans divers pays africains, ce qui accroît la difficulté du transport transfrontalier. La modification de la réglementation relative aux visas ajoute également au défi de voyager et de transporter entre les pays africains.

La digitalisation paraît actuellement comme l'un des défis majeurs sur le Continent. Quels sont les écueils qui freinent les opérateurs africains, États ou acteurs privés, d'opérer leur transformation digitale ?

Les CIO [directeurs des systèmes d'information, ndlr] sont submergés par le fardeau du maintien d'architectures héritées et ont donc peu de budget, de temps ou de capacité humaine à consacrer à l'exploration et aux investissements nécessaires pour stimuler l'innovation numérique. Les organisations font face à de nombreux défis dans leur efforts pour migrer numériquement des systèmes existants vers les nouvelles technologies.
Souvent, le renversement de l'innovation numérique découle des craintes d'un changement vers le cloud et les technologies numériques pour les emplois, les perspectives de carrière et les bases d'énergie, et exige un leadership fort et visionnaire pour aider l'organisation à apporter les changements nécessaires.

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En tant qu'acteur majeur dans ce domaine, comment pensez-vous que le Continent peut dépasser ses obstacles et entrer pleinement dans l'ère du 3.0 ?

Par rapport au reste du monde, l'adoption et l'impact de l'industrie 4.0 en Afrique sont limités. Les organisations se rendent compte que la transformation numérique est impérative, afin de disposer d'atouts au niveau socio-économique. La connectivité et l'accessibilité continuent d'être un défi. L'Afrique a besoin d'investissements privés et publics et d'incitations pour accélérer leur adoption. En outre, l'Afrique a l'avantage de pouvoir dépasser les concurrents mondiaux et développer des solutions uniques pour les problèmes spécifiques au Continent, puisque les systèmes sont inexistants.

En 2014, SAP a annoncé un plan de développement en Afrique qui prévoit 500 millions de dollars d'investissements d'ici à 2020. Où en êtes-vous dans la mise en oeuvre de ce plan ?

Le plan de croissance SAP Afrique repose sur quatre piliers : l'accélération de la croissance de l'industrie, la promotion de l'innovation, l'amélioration de la croissance des petites et moyennes entreprises (PME) et la création d'une croissance fondamentale et d'un développement des compétences. Sur ces trois dernières années, trois activités ressortent parmi les plus importantes.
Il s'agit en premier lieu de la croissance régionale. À ce niveau, SAP Africa a ouvert des bureaux régionaux en Angola en décembre 2015, et au Maroc en mai 2016, pour desservir respectivement les régions lusophone et francophone. La deuxième activité importante à nos yeux est le développement des compétences. SAP Africa souhaite créer des emplois dans notre écosystème grâce à un développement des compétences techniques qui contribuera à améliorer l'efficacité de l'Afrique. Cette vision se traduit par l'initiative SAP Skills for Africa (SSFA) qui n'est pas une solution de Corporate Social Responsibility [Responsabilité sociétale des entreprises]. En janvier 2017, SAP Skills for Africa a reçu le prestigieux prix Hasso Plattner Foundation. C'est un prix décerné chaque année en reconnaissance du travail accompli par le PDG de SAP, Bill McDermott, à une personne ou à une équipe dans le monde.
À ce jour, SSFA a formé plus de 500 consultants à travers le Continent, et nombre d'étapes sont prévues pour 2017 et 2018. Enfin, le troisième et dernier domaine d'activité est celui du développement des compétences à travers Africa Code Week (ACW). C'est une initiative à l'échelle du Continent pour susciter l'intérêt envers le codage logiciel chez les enfants, les adolescents et les jeunes adultes africains. Lancé par SAP en 2015 dans le cadre de ses investissements sociaux pour stimuler la croissance durable en Afrique, Africa Code Week est l'histoire de centaines d'écoles, d'enseignants, de ministres, de centres communautaires, de clubs de codes, d'ONG, d'entreprises et d'organismes à but non lucratif donnant naissance à la plus grande initiative d'alphabétisation numérique jamais organisée sur le continent africain. Là encore, les résultats sont édifiants. En 2016, pas moins de 426 000 participants ont été dénombrés dans plus de 30 pays. En 2017, Africa Code Week a l'ambition de toucher plus de 500 000 jeunes à travers 35 pays.

Qu'en est-il du volet innovation ?

SAP Africa a lancé le premier laboratoire de co-innovation en Afrique en octobre 2016. En mettant l'accent sur la collaboration, le laboratoire offre un environnement pratique permettant à SAP d'innover conjointement avec les partenaires de solutions logicielles, les intégrateurs de systèmes et les partenaires technologiques sur les technologies actuelles et futures.
L'objectif du laboratoire est d'accroître les avantages concurrentiels, grâce à de plus grandes efficacité et productivité sur le continent africain, dans le but de satisfaire les exigences des clients, grâce à la transformation numérique.

Quelle est actuellement l'étendue du réseau et des partenariats de SAP dans la région et que représente le marché africain pour votre groupe ?

SAP Africa a des partenaires dans divers pays de la région, dont l'Algérie, la Côte d'Ivoire, le Maroc, le Mali, la RDC, le Sénégal, le Gabon, la Mauritanie et la Tunisie. En plus des modèles traditionnels tels que les revendeurs à valeur ajoutée (VAR), SAP Africa a également introduit trois nouveaux types de partenaires, par exemple l'écosystème ouvert SAP Partner-Edge et les partenariats de construction. Tout cela a montré une croissance significative à travers le continent. SAP Africa détient actuellement environ 19 % du marché francophone.

Comment se profile la croissance de SAP sur le Continent, notamment sur la région francophone où la concurrence était mieux installée ?

SAP Africa a connu une croissance significative dans l'Afrique francophone au cours des trois dernières années, avec une croissance de 32 % pour l'exercice 2014-2015 et de 89 % pour 2015-2016.

Interview Partenaire

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