Cameroun : comment le secteur privé appréhende la période électorale
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
DR
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
DR
« Seuls les naïfs sont surpris par la tournure de cette présidentielle », lance un entrepreneur qui a investi dans l'incubation des startups à Douala. Si les acteurs économiques poursuivent leurs contrats et continuent de saisir des opportunités, il n'en demeure pas moins que « l'on sent tout de même une forme de prudence, notamment dans le domaine de l'investissement », estime-t-il.
L'élection présidentielle aura lieu le 12 octobre prochain et le président sortant, Paul Biya, - qui dirige le pays depuis 42 ans - est candidat à propre succession. « C'est le contraire qui aurait étonné les Camerounais », lance ce chef d'entreprise. Au total, douze candidatures ont été retenues, mais sans véritable poids de l'opposition. Maurice Kamto, principal challengeur de la présidentielle de 2018 a vu sa candidature rejetée par le Conseil constitutionnel. Mais sur le terrain, certains acteurs économiques ne sont pas particulièrement inquiets pour le climat des affaires. « Nous n'observons pas de tension en tant que telle. C'est vrai qu'actuellement, le climat des affaires est un peu délétère en raison de l'échéance électorale dans un contexte assez particulier : un président-candidat d'un certain âge, une opposition éclatée... », énumère l'entrepreneur. « Des tensions, poursuit-il, auraient été possibles si nous avions par exemple un candidat de la trempe de Laurent Gbagbo. Mais au regard de tout ce qui se passe, je pense que cette élection passera comme une lettre à la poste ». Un avis pas toujours partagé. « Quand on voit tous les efforts déployés par le parti au pouvoir, on peut sentir qu'ils cherchent à se garantir la victoire et je ne crois que ce soit vraiment gagné d'avance », estime cet acteur économique à Yaoundé qui sillonné les arcanes du pouvoir pendant des décennies.
À lire également
Economie la plus diversifiée d'Afrique centrale au sous-sol riche tant sur le plan agricole que minier et dont les ressources sont régulièrement exportés en Europe notamment, le Cameroun accuse un retard de développement notamment par rapport au plan Emergence 2035. Seize ans après son lancement, l'économiste Narcisse Tchatchum en fait le bilan en s'appuyant notamment sur les données de la Banque mondiale, dans son ouvrage fraichement publié et intitulé : « Le train de vie de l'État, comment les dépenses publiques influent sur l'ambition d'émergence du Cameroun à l'horizon 2035 ». Il en ressort qu'alors que le pays prévoyait de passer d'une valeur ajoutée manufacturière de 14,5% du PIB en 2010 à 19,5% en 2024 (avant d'atteindre 25% en 2035), cette valeur a reculé à 13,9% l'an dernier. Sa conclusion : le Cameroun devrait relever le défi d'une croissance industrielle de 5,5% par an pour prétendre atteindre l'émergence dans dix ans.