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Quel avenir pour l'aéromobilité urbaine en Afrique ?

Photo de Mounir El Figuigui

Mounir El Figuigui

Publié le 01 mars 2023 à 17:00 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 06:58

taxi drone

Photo d'illustration

DR.

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L'aéromobilité urbaine commence à s'inviter dans les débats entre professionnels et décideurs du continent. Verra-t-on dans le futur proche des taxis-volants et des ambulances-drones sillonner le ciel des villes africaines ?

La question de la mobilité urbaine est cruciale en Afrique, puisque le continent devrait enregistrer sur les trente prochaines années la plus importante dynamique au monde en matière de croissance démographique et d'urbanisation : près de 2,5 milliards d'habitants en 2050, dont 60 % installés  dans des villes, soit une croissance de 153 % de la population urbaine en comparaison à 2020.

Cette croissance attendue devrait être accompagnée de stratégies nationales et locales (collectivités et élus des territoires) afin de déployer  des capacités de déplacement et de transport des personnes ou des biens, notamment à l'intérieur des grandes agglomérations urbaines à l'instar de Lagos, Le Caire, Kinshasa, Abidjan ou encore Casablanca.

Si la tendance actuelle à travers le continent vise la modernisation des transports collectifs artisanaux (minibus, taxis partagés, taxis-motos) avec un parc plus sûr et moins polluant, certaines villes ont déjà lancé de nouveaux moyens de transport en commun : le tramway à Casablanca au Maroc (deux lignes totalisant 47,5 km de réseau avec 71 stations), le projet de métro aérien d'Abidjan, connectant Anyama à Port Bouët, ou le téléphérique qui fait l'objet de sérieuses considérations dans les villes de Kigali, Kampala, Mombasa et Tananarive pour son faible coût et sa capacité à franchir aisément des obstacles naturels.

Des ambulances drones pour des villes congestionnées...

D'autres approches " futuristes " commencent déjà à prendre forme dans les débats entre professionnels du continent. C'est notamment le cas de l'aéromobilité urbaine et les drones de transport de personnes, un scénario mis en lumière lors de la première édition de l'Aerospace African Forum qui s'est tenue le 16 février à Casablanca.

Se projetant dans le futur , Abdellatif Maâzouz, président de la région Casabalanca-Settat qui intervenait à la table-ronde " Aéromobilité, une équation du futur pour les territoires", avance déjà l'idée d'un avion " à taille humaine " et de drones qui pourraient être utilisés dans des situations d'urgences par exemple dans des villes à forte densité urbaine.

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L'aéromobilité peut en effet offrir des avantages en termes de rapidité, d'efficacité et d'accessibilité, mais peut également être coûteuse et nécessiter des compétences spécialisées pour les opérateurs de véhicules aériens. L'urbanisation accélérée en Afrique, avec des taux très élevés dans la sous-région du nord, pose aujourd'hui des problèmes au niveau de la circulation routière, notamment. À l'entrée sud de Casablanca au Maroc par exemple, une ambulance peut mettre plus d'une heure avant d'arriver sur le lieu de l'accident. Un projet d'ambulances-drones peut-il être envisageable dans un futur proche, en sachant que le Maroc abrite un aéropôle capable de produire ce genre d'engins ?

" Le Maroc a aujourd'hui les capacités humaines et d'innovation pour construire une ambulance drone, dont le prix ne dépasserait guère trois fois celui d'une ambulance sur quatre roues ", répond le président de la région Casablanca-Settat. " Nous pensons effectivement que ce type d'offre d'ambulance-drone peut répondre à une demande ciblée, mais risque de ne pas pouvoir être déployé à court terme à grande échelle ", commente Meïssa Tall, associé chez KPMG France.

Si l'aéromobilité urbaine intéresse déjà certains élus, les cabinets d'audit et de conseil qui publient régulièrement des études sur le continent ne prêtent en effet que peu d'intérêt à la question. " Nous pensons que la mobilité aérienne urbaine fait partie des modes de mobilité envisageables dans un schéma de mobilité multimodal comme c'est le cas à Alger comme indiqué dans (notre) étude (L'Afrique, le nouvel eldorado pour  les acteurs de la Mobilité ?, ndlr). Sachant que la mobilité aérienne n'est pas encore adaptée à toutes les villes selon leur relief ", nous explique Meïssa Tall.

En octobre 2022, Okan Partners avait publié en un rapport détaillé sur la mobilité urbaine en Afrique qui pourtant ne fait mention de la mobilité aérienne urbaine. " Force est de constater que dans quasiment aucun pays du monde, le transport aérien n'est utilisé en ville, car très coûteux, à l'exception d'usage tels le transport de VIP, les services d'urgence  de type SAMU, ou des forces de police ou de l'armée. Il ne nous semble donc pas que ce type de mobilité soit une urgence en Afrique, dans un contexte de budgets publics et privés restreints et où d'autres priorités existent, basiques et nombreuses, notamment autour de ce que l'on appelle les " transports de masse " : bus, BRT, métro, tramways, etc., mais aussi routes et trottoirs en bon état ", tient à expliquer Amaury de Féligonde, associé chez Okan Partners, un cabinet de conseil en stratégie et en finance dédié à l'Afrique.

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Si, comme le rappelle Meïssa Tall, ces technologies sont encore en cours de développement et le cadre réglementaire est en cours de définition dans plusieurs pays, le passage à l'échelle resterait envisageable vers 2030. " L'innovation pour l'innovation est dangereuse et coûteuse ", avertit Amaury de Féligonde. Pour lui, la priorité pour l'Afrique est  non pas d'investir dans des moyens aériens - sauf à la marge, hélicoptère du SAMU par exemple - mais de mettre en place les infrastructures de transport de base: routes, autoroutes, bus, tramway, etc. - plutôt que d'investir des dizaines de millions d'euros dans des moyens de déplacement qui paraissent - sauf exception - très coûteux pour un usage un peu périphérique.

Mounir El Figuigui

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