À Toulouse, la télé locale TLT risque la liquidation judiciaire début mars

Sophie Arutunian

Sophie Arutunian
La situation de TLT est pour le moins préoccupante. La chaîne de télé locale, sous le coup d'un plan de continuation (procédure judiciaire qui doit lui permettre de régler ses dettes au fur et à mesure chaque mois) sera une nouvelle fois l'objet d'une audience devant le Tribunal de commerce de Toulouse le 6 mars prochain. Cette audience, qui devait avoir lieu en novembre, avait été repoussée pour laisser une chance à TLT de remonter la pente. Mais, cette fois, la liquidation pourrait bien être prononcée.
TLT vit en grande partie grâce aux subventions qu'elle reçoit dans le cadre de contrats d'objectifs et de moyens (COM). Ainsi, la Mairie de Toulouse a reconduit au printemps dernier le COM qui la lie à TLT et s'est engagée à verser 2,1 M€ sur trois ans à partir de mi-2014 (moins que les années précédentes). TLT va donc percevoir en 2015 la somme de 700 000 euros. Idem en 2016. En revanche l'enveloppe baisse à 300 000 euros en 2017.
Une question qui se pose aussi au sein de Toulouse Métropole, dont le COM a pris fin en décembre 2014 et n'a, à ce jour, pas été renouvelé (son montant : 400 000 €) . "La proposition de COM doit d'abord être instruite par les commissions Culture et Finance de la métropole", affirme Antoine Grézaud, et une proposition sera faite prochainement à Emmanuel Schwartzenberg, le président de la chaîne. C'est Sacha Briand, vice-président de Toulouse Métropole en charge des Finances, qui décidera du montant de cette subvention si son renouvellement est acté.
Une aide financière qui risque d'arriver un peu tard. "Il faut que nous soyons assurés avant l'audience du 6 mars afin de compter sur une trésorerie nous permettant d'assurer la poursuite de l'activité au-delà de cette date", rappelle Emmanuel Schwartzenberg.
Emmanuel Schwartzenberg a demandé à Toulouse Métropole une enveloppe de 600 000 euros.
La question des subventions se posera également pour le Conseil régional de Midi-Pyrénées, dont le COM (450 000 euros) se terminera en juillet prochain. Certains détracteurs de Martin Malvy pointent directement sa responsabilité : "Martin Malvy ayant décidé de ne pas se représenter aux régionales, il y a de fortes chances qu'il ne reconduise pas le COM de la Région avec TLT dans 5 mois", soufflent-ils.
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De son côté, le président du Conseil Régional s'interroge sur la stratégie à adopter, mais surtout sur celle... du Capitole. Dans une lettre adressée à Jean-Luc Moudenc le 14 novembre dernier, Martin Malvy le questionne sur ses intentions au sujet de la chaîne (dont le principal actionnaire est la Mairie, via la Sem CTV). Il demande au président de Toulouse Métropole "des éclaircissements" sur sa stratégie, soulignant que le COM de la Mairie a diminué, et que celui de la Métropole n'est pas acté. Jean-Luc Moudenc n'a pas répondu à cette missive. Dans les couloirs de l'Hôtel de Région, certains attaquent directement la Mairie, qui, selon eux "fait vivre une véritable agonie à TLT".
Pour Antoine Grézaud, "il faut arrêter de dire que Jean-Luc Moudenc veut fermer TLT".
Jean-Marie Belin, directeur général de CTV (par ailleurs responsable départemental de Force républicaine, nommé à ce poste par Jean-Luc Moudenc) renchérit :
Pendant ce temps, la maison brûle. TLT affiche un déficit de 200 000 euros et une dette de 1 million d'euros. Selon nos informations, la chaîne ne peut plus payer son loyer. Alors que son PDG se démène pour renflouer sa trésorerie et payer les salaires, Toulouse Métropole estime se situer dans une vision de plus long terme :
La Mairie de Toulouse cherche un nouvel actionnaire pour TLT, et ne s'en cache pas.
Parmi les repreneurs potentiels, Christophe Musset. Le PDG du groupe Media Sud (qui possède les chaînes locales de Marseille, Toulon et Montpellier entre autres) a envoyé une lettre d'intention à Jean-Luc Moudenc il y a déjà plusieurs mois.
Cette candidature est "étudiée sérieusement" par les services de la Mairie selon le directeur de cabinet. Une location-gérance serait envisagée (sur le modèle, par exemple, d'un restaurant, ce dispositif permet au propriétaire d'un fonds de commerce de le conserver dans son patrimoine et d'en tirer des revenus sans l'exploiter lui-même).
Mais l'homme d'affaires n'est pas seul sur les rangs. Une autre proposition reçoit l'attention de la Mairie. Celle de Rémy Pflimlin, le PDG de France Télévisions, qui a rencontré Jean-Luc Moudenc et Antoine Grézaud à l'automne dernier. Option envisagée : un partenariat entre France 3 Midi-Pyrénées et TLT, avec mutualisation des moyens et de certains programmes. France 3 étant un organisme public, plusieurs obstacles juridiques pourraient se poser. Contacté, le CSA n'a pas souhaité répondre à nos questions, jugeant le dossier sensible au vu de l'échéance du 6 mars.
Quel avantage pour France Télévisions ? France 3 Midi-Pyrénées, qui ne diffuse qu'une heure de décrochage local chaque jour, pourrait bénéficier d'une plus grande visibilité et d'une plus grande proximité grâce à une chaîne de la TNT. France Télévision a déjà mis en place ce dispositif en Corse avec la chaine locale ViaStella.
Plusieurs autres entrepreneurs, souhaitant rester anonymes, ont confié à la Mairie leur intérêt pour TLT. "Trois sur cinq ont été écartés, car nous les avons jugés insuffisamment sérieux", confie Antoine Grézaud. Une chose est sûre : quel que soit le repreneur, l'ensemble des salariés ne pourra pas être gardé.
TLT est une entreprise qui emploie 20 personnes. Anne Auriol, secrétaire du CE et déléguée syndicale (SNJ) affirme que les salariés "restent optimistes".
La syndicaliste soulève cependant une question : "pourquoi n'embauche-t-on pas un commercial pour vendre de la publicité ?".
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En effet, TLT se trouve depuis 2013 (année durant laquelle le contrat de régie publicitaire avec La Dépêche du Midi a été rompu) sans force commerciale. Alors que la régie commerciale de La Dépêche est désignée par plusieurs observateurs du dossier comme "l'élément qui a coulé TLT", la situation a empiré depuis qu'il n'y a plus un seul commercial dans les murs de la société. "Nous continuons la prospection commerciale même si toute embauche qui se traduirait par une aggravation des charges est momentanément exclue", regrette Emmanuel Schwartzenbetg, qui rappelle qu'il lui faut l'accord de l'ensemble de ses actionnaires pour réaliser une telle embauche.
CTV : 60%
La Dépêche TV : 17,6%
TFC : 10,1%
Stade Toulousain : 3,9 %
Sud Communication : 8,1 %
Sophie Arutunian