ATR : le syndicat FO réagit aux propos de Christian Scherer

Paul Périé

Paul Périé
Au cours de son interview en public, le président exécutif d'ATR, Christian Scherer, n'avait pas manié la langue de bois. Détaillant son diagnostic lors de son arrivée à la tête de l'entreprise il y a 6 mois, il avait déclaré avoir "été choqué de constater à quel point ATR est trop 'franchouillard'". Un adjectif qui n'a pas plu aux salariés, selon le syndicat FO du groupe, deuxième organisation représentative après la CFTC, qui n'a pas manqué de réagir, sur Twitter dans un premier temps.
Reprenant notre article, le syndicat a cité dans un premier temps les propos du CEO avant de signaler le côté péjoratif du terme employé par Christian Scherer, en s'appuyant sur le Larousse.
FO a poursuivi sur le réseau social : "Tract #FO ds notre étroitesse d'esprit nous mettons en avant les salariés, les acquis sociaux & notre outil de production!"
Joints par téléphone ce matin, Jean-Christophe Pinel, secrétaire de la section FO ATR, et Jean-Jacques Marcel, délégué syndical Airbus ATR, ont tenu à préciser leur position, tant sur la forme que sur le fond des déclarations de Christian Scherer.
"Utiliser le terme franchouillard, qui est péjoratif, je ne pense pas que ce soit une bonne idée en termes de motivation, de respect et de confiance des salariés", insiste Jean-Christophe Pinel, qui assure avoir eu de nombreux retours de "salariés ulcérés" depuis la publication de l'interview.
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Alors que Jean-Christophe Pinel, salarié d'ATR depuis 2004, a demandé à être reçu par Christian Scherer, il s'interroge sur l'intérêt porté aux salariés et sur le crédit que le CEO accorde à leur travail.
Les deux représentants syndicaux FO ont également souhaité revenir sur différents points abordés par le président exécutif concernant la stratégie, l'organisation du groupe ou le développement de nouveaux produits. Des questions de fonds au sujet desquelles les positions de Christian Scherer ont suscité des interrogations chez les salariés.
Le CEO d'ATR avait ainsi déclaré que le groupe n'aurait pas de stand au Salon du Bourget cette année. "Une stratégie qui lui appartient", reconnaît Jean-Christophe Pinel. Ancien ingénieur aujourd'hui détaché pour son rôle de représentant syndical, il souligne cependant que le Paris Air Show "est un moment important pour renforcer les liens avec les clients notamment".
Un constat partagé par Force ouvrière qui avait formulé dès novembre des suggestions. "Avec un programme de plus de 34 ans, il est important de pouvoir se projeter. ATR a été pilote sur le développement des voilures carbones et le groupe pourrait en effet se lancer dans des projets industriels innovants autour de l'hybride et du composite dans le segment 90 places", assure Jean-Christophe Pinel. "D'autant qu'il y a énormément de compétences en interne, ajoute Jean-Jacques Marcel. Nous ne sommes pas contre apporter du sang neuf via des compétences externes mais on peut s'appuyer sur les ressources du groupe."
En phase avec Christian Scherer sur l'intérêt d'un changement de structure et du passage au statut de SA déjà souhaité par Filippo Bagnato, le syndicat s'interroge sur la pertinence d'évoquer une possible relocalisation de la chaîne d'assemblage. "Cela alimente le débat et fait naître des inquiétudes, réagit Jean-Christophe Pinel. Soit il y a quelque chose et il va plus loin, soit il n'y a rien et, dans ce cas, il n'est pas nécessaire d'en parler."
Alors que le CEO a déclaré qu'ATR "aujourd'hui [ne souffre] pas d'un handicap de coûts", Force Ouvrière rappelle qu'une politique d'optimisation des coûts est en place, "aussi bien dans l'organisation, que les frais généraux ou les recrutements". Enfin, concernant les sous-traitants du groupe, le syndicat tient à revenir sur l'histoire du d'ATR, "qui a pu s'appuyer au début des années 2000 sur des fournisseurs et de salariés qui ont fait de gros efforts pour nous sortir du gué".
Le secrétaire de la section Force Ouvrière d'ATR rappelle que lors de son arrivée en novembre, Christian Scherer avait insisté sur la notion de dialogue. "Aujourd'hui, une interview de ce calibre ne favorise pas un dialogue serein", selon Jean-Christophe Pinel.
Paul Périé