Et si l'Amérique nous sauvait...
Philippe Mabille
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Betting on America (« Parier sur l'Amérique »). Après Forward (« En avant ») en 2007, voilà le slogan choisi par Barack Obama pour lancer cette semaine sa campagne. Le président des États-Unis, candidat à un nouveau mandat le 6 novembre prochain, va aller à la rencontre des électeurs dans l'Ohio et la Pennsylvanie voisine, deux États industriels en crise où domine la classe ouvrière blanche frappée de plein fouet par les délocalisations et dont le vote sera décisif cet automne. Le slogan, assez proche de celui de son adversaire républicain Mitt Romney (« Croire aux États-Unis »), montre que la campagne présidentielle américaine va se jouer, une nouvelle fois, sur les questions économiques. Le taux de chômage, remonté à 8,2?% de la population active en mai, sera l'une des clefs du scrutin.
Ayant sauvé de justesse son bilan social grâce au président républicain de la Cour suprême, John Roberts, qui a finalement voté en faveur de la réforme de la santé (Affordable Care Act, une assurance-maladie destinée aux 30 millions de pauvres non couverts par Medicare), Obama n'est pas encore tiré d'affaire. Il a vu en tous les gouvernements en place en Europe perdre les élections depuis le début de la crise. Pourquoi Barack Obama s'en tirerait-il mieux, alors que la croissance américaine ne fait pas d'étincelles et que les classes moyennes expriment leur colère dans les mouvements du Tea Party ou des 99 % ? Son prochain défi, c'est le fiscal Cliff, le mur budgétaire, pour ne pas dire la montagne, qui menace de faire replonger l'économie. Les économistes ne parlent que de ça, faisant le parallèle avec la situation européenne, condamnée à une austérité sans fin et qui promet une « décennie perdue », selon l'expression de la banque d'investissement Goldman Sachs. Confronté aux mêmes maux - dette, vieillissement de la population, chômage structurel -, l'Amérique, de ce point de vue, s'européanise.
Dans son rapport annuel sur les États-Unis, publié mardi dernier, le Fonds monétaire international a exhorté le pays à ne surtout pas faire comme l'Europe, en réduisant trop vite son déficit budgétaire ! Le FMI a du coup révisé en baisse la croissance, de 0,1 point, à 2 % pour cette année et à 2,3 % pour 2013. On peut accuser la zone euro de tous les maux, d'être incapable de résoudre seule ses problèmes de solidarité financière et de gouvernance politique, mais force est de constater que le tableau n'est guère plus à l'avantage de la grande démocratie américaine. À l'été 2011, déjà, le pays le plus endetté du monde, en valeur absolue, avec 15 895 milliards de dollars de dette, soit plus de 100 % du PIB (90 % pour la zone euro) a failli faire sauter la planète une deuxième fois en trois ans (la première fois, c'était avec la crise des subprimes et la faillite de Lehman Brothers).Il a fallu que l'agence de notation Standard & Poor's dégrade la note AAA de la dette américaine pour que républicains et démocrates trouvent un accord, temporaire, sur le plafond d'endettement autorisé par le Congrès. Un jeu dangereux, qui va se répéter d'ici à la fin de l'année, puisqu'il faudra trouver un nouvel accord avant le 31 décembre, un mois après les élections de novembre. À défaut, la première économie mondiale sera... en défaut, ce qui ferait désordre à un moment où les investisseurs du monde entier ont perdu confiance dans la signature des États.
Philippe Mabille
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