Anne Lauvergeon chez EADS : un copilotage en vue ?

L'ex-patronne d'Areva devrait prendre la présidence du conseil d'EADS. Une nomination qui ne fera peut-être pas plaisir à tout le monde et participe à l'évidence à une tentative d'un rééquilibrage des pouvoirs entre Paris et Berlin qui se joue autant sur des questions de fond que sur des symboles.
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Anne Lauvergeon à la tête du conseil d'administration d'EADS, comme cela semble se profiler si l'on en croit les dernières annonces officieuses et officielles de ce week end ? Après tout, pourquoi pas ? L'ex-patronne d'Areva a l'envergure, l'expérience internationale pour occuper un poste de cette nature qui, rappelons-le, n'est théoriquement pas exécutif. De surcroît, la nouvelle gouvernance du groupe franco-allemand, actée par le gouvernement à la fin de l'année dernière, interdit une ingérence directe des deux Etats dans le fonctionnement de l'entreprise.

Sauf que. Sauf que, la vraie vie pourrait être toute autre. En raison d'abord de la personnalité d'Anne Lauvergeon. On peut tout dire de sa volonté de retrouver un job à forte visibilité et de celle de François Hollande d'accéder à sa demande sans que cela s'apparente à un grossier parachutage (la rumeur, démentie, est allée jusqu'à l'installer à la tête de France Telecom). Et que donc, elle s'emploiera à se mouvoir dans les limites des statuts et de son mandat. Seulement, Atomic Anne a besoin d'exister mais aussi d'agir. L'ancienne sherpa de François Mitterrand n'a pas l'habitude de faire de la figuration. En tout cas, on peut affirmer sans risque qu'elle mettra plus d'ardeur à la tâche que son futur prédécesseur, Arnaud Lagardère.

Des dialogues musclés en perspective

Ensuite, c'est une patronne, de surcroit une industrielle. Et elle l'a rappelé ces dernières semaines en proclamant la nécessité de consolider, voire constituer des filières nationales ou européennes. Avec un outil comme EADS à portée de main, on a peine à penser qu'elle puisse se contenter d'entériner. Même si la forte - c'est un euphémisme - personnalité du patron opérationnel, l'allemand Tom Enders, laisse prévoir des dialogues musclés.

Ce qui nous amène à l'autre partie de la face cachée de cette nomination qui, quoiqu'on pourra nous dire, pèse son poids politique dans la relation entre Paris et Berlin. EADS, donc Airbus, ont toujours été, au grand dam de ses dirigeants, un levier dans cet axe et même un indicateur de l'équilibre des forces. La façon dont l'Allemagne l'a modifié ces dernières années, en clair en rendant Airbus "un peu moins français", est comme par hasard à l'image du clair renversement des forces au plus haut niveau qui s'est opéré entre les deux pays. Le symbole de ce mouvement ayant été l'an dernier le veto d'Angela Merkel à la fusion entre EADS et BAE.

Ajouter à cela les revers successifs de la France en matière de nominations à des postes stratégiques comme à la BCE ou à la tête de l'Eurogroupe, il n'est pas besoin d'être grand clerc pour interpréter cette opération, peut-être pas comme une revanche, mais en tout comme un acte politique fort. Peut-être même une provocation pour certains en Allemagne qui se souviennent de la rupture en 2009 entre Siemens et Areva. Rupture qui a laissé des blessures importantes et une image d'Anne Lauvergeon contrastée, même si elle ne peut en être tenue pour seule responsable.

Réinventer un nouvel équilibre des forces

Au final, si final il y a car la messe n'est pas encore dite, la question demeure de savoir si EADS peut encore se permettre d'être instrumentalisé au service d'une cause qui n'est pas forcément la sienne. Ce n'est pas faire ici un procès d'intention à Anne Lauvergeon que de la poser mais simplement d'interroger l'influence d'un contexte sur la gouvernance d'un groupe stratégique. Il est compréhensible que des Etats ne lâchent pas la bride brutalement à un groupe qu'ils ont contribué à créer, peut-être pas de la meilleure façon mais on est bien obligé d'en prendre acte, et qui par sa composante militaire appartient à un club d'entreprises tout à fait particulières. Il est aussi naturel que ses dirigeants souhaitent avoir les mains libres, forts de l'expérience du passé qui ne les a pas toujours conduits aux meilleures décisions. C'est toute la subtilité de cet équilibre qu'il faut réinventer aujourd'hui avec de moins en moins de leviers à disposition. Croire qu'Anne Lauvergeon n'en sera pas un serait bien naïf. Croire qu'elle ne peut réussir est aussi prématuré.

 

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Commentaires 8
à écrit le 30/01/2013 à 0:02
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J'ai lu son livre. Sans croire tout ce qui y est écrit, il me semble que l'ex-présidente d'AREVA a eu un bilan positif. Les employés semblent aussi l'avoir appréciée...JCM

à écrit le 29/01/2013 à 23:49
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L'oligarchie française dans toute sa splendeur.

à écrit le 29/01/2013 à 19:03
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Au moins Arnaud ne faisait il rien...

à écrit le 29/01/2013 à 16:40
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Elle détient quoi pour obtenir ce poste?

le 29/01/2013 à 23:11
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Des arguments que ni vous ni moi ne possédons ;-)

à écrit le 29/01/2013 à 16:02
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Avoir perdu 5 milliards en 2 opérations (Finlande+Uramine), c'est sur ça donne de l'envergure.

le 29/01/2013 à 18:33
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Typiquement francais ... On récompense les mauvais ...

le 29/01/2013 à 23:13
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Pour le même budget, Kerviel n'a pas eu droit de passer au Crédit Agricole :-)

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