Les leçons de la crise bulgare
Romaric Godin
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S?il en fallait encore une preuve, la situation de la Bulgarie vient de montrer encore une fois que l?absence de problème budgétaire et de dettes n?est pas la garantie d?une économie stable. Après de violentes manifestations mardi, le Premier ministre bulgare Bojko Borissov a annoncé sa démission et la convocation des électeurs pour élire un nouveau parlement début juillet. En attendant, c?est certainement un « gouvernement technique » qui devrait gérer les affaires courantes.
Mécontentement plus profond
La flambée de mécontentement s?explique directement par l?augmentation des prix de l?électricité par les fournisseurs étrangers. En réalité, c?est un mécontentement plus profond qui s?est manifesté. C?est le modèle économique bulgare même qui est contesté. Ce modèle, c?est celui, tant prisé par les économistes libéraux allemands de la « stabilité. »
Thérapie de choc des années 1990
Au milieu des années 1990, le pays ne parvient pas à sortir de la crise du post-communisme. La richesse nationale ne cesse de se détériorer et le déficit public atteint des niveaux extravagants : 8 % du PIB en 1995, 11,2 % l?année suivante. Le pays, ravagé par l?hyperinflation et la dette, est secoué par des émeutes. En 1997, le nouveau Premier ministre Ivan Kostov décide d?appliquer une thérapie de choc : coupes dans la dépense publique, privatisations, libéralisations, baisse des impôts. En un an, le pays retrouve l?équilibre budgétaire.
La botte secrète de ce nouveau modèle, c?est le lien entre le lev, la monnaie bulgare, et l?euro, en 1999. Non sans ambition, un nouveau lev est créé dont le cours est fixé à un mark allemand, soit 1,95 euro. Un taux qui n?a pas changé depuis. La banque centrale, la Banque nationale de Bulgarie, est chargée d?assurer la stabilité de la monnaie. Dès lors, plus possible de financer la dette publique par l?inflation et la planche à billets.
« Tigre des Balkans »
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Cette thérapie fonctionne d?abord parfaitement. Le « tigre des Balkans » apparaît comme un modèle. Le déficit public affiche des excédents insolents : plus de 1 % du PIB entre 2004 et 2008, les dépenses publiques reculent de 41,3 % à 34,4 % du PIB entre 2000 et 2006 selon Eurostat. La croissance s?envole et dépasse 6 % par an entre 2004 et 2008, le chômage recule jusqu?à moins de 6 % de la population active. Logiquement, la dette publique s?évapore et représente bientôt moins de 20 % du PIB.
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Romaric Godin