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Swazi Tshabalala : « Nous avons des solutions à plusieurs des challenges de l’Afrique »

Photo de Ristel Tchounand

Ristel Tchounand

Publié le 23 juin 2022 à 10:49 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 03:44

Tshabalala

Photo d'illustration

DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Vice-présidente principale du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) depuis novembre 2021, Bajabulile « Swazi » Tshabalala est la deuxième figure de la Banque après le président Akinwumi Adesina. Dans cet entretien avec La Tribune Afrique, cette experte sud-africaine bardée de 30 ans d’expérience dans la finance revient sur certains grands enjeux du continent entre défis alimentaires et climatiques, au moment où la BAD jouent ses cartes.

La Tribune Afrique - Que faut-il retenir des dernières assemblées annuelles de la BAD à Accra ?

Bajabulile « Swazi » Tshabalala, Vice-présidente principale de la BAD - Je pense que ces assemblées ont été mémorables. J'espère que ceux qui y ont participé ont pu en ressortir de la matière pour l'avenir proche et lointain. La Banque africaine de développement est très engagée à relever les défis du développement de l'Afrique, car nous comprenons leur nature et nous avons des solutions à plusieurs de ces challenges. Nous travaillons d'arrache-pied pour mobiliser les ressources qui nous permettront d'implémenter ces solutions.

La vulnérabilité des économies africaines aux chocs n'est plus à prouver après notamment la crise liée à la Covid-19 et la guerre en Ukraine. La BAD, pour sa part, promeut la résilience économique. La situation du continent est-elle alarmante à votre avis ?

La pandémie en 2020 a été un événement choquant, probablement le plus choquant de ces 100 dernières années, complètement inattendu. Etant donné le potentiel d'impacts vraiment dévastateurs pour le continent, nous commençons à en sortir peu à peu.

Au sujet de la menace de la crise alimentaire qui résulterait de la guerre en Ukraine, je pense que comme l'a dit le président Akinwumi Adesina, il n'y aura pas de crise alimentaire parce que nous prenons les mesures nécessaires et rappelez-vous que nous avons les « High Five », les piliers de notre stratégie globale dont l'un est « Nourrir l'Afrique ».  Nous avons donc beaucoup travaillé autour de l'agriculture dans de nombreux pays africains. Nous venons à peine d'approuver l'enveloppe pour la facilité d'urgence visant à aider les pays à sécuriser les intrants dont ils ont besoin (les fertilisants, les semences) pour semer abondamment, parce qu'il n'y a plus rien qui vient de l'Ukraine.

Heureusement, nous avons des systèmes et des mécanismes, car nous avons beaucoup travaillé sur l'agriculture au cours des six dernières années. Nous avons en fait des partenariats prêts à démarrer. Vous savez, le président Adesina est une autorité de l'agriculture et quand il dit qu'il n'y aura pas de crise alimentaire, il sait qu'il n'y en aura pas, parce que nous sommes beaucoup plus préparés que lorsqu'a survenu la pandémie. Cependant, ce n'est pas la dernière fois que nous serons confrontés à une crise. Et je pense qu'au-delà des actions de la Banque, nos gouvernements ont besoin d'être mieux préparer si une autre crise sanitaire survenait. Nous avons d'investir dans les infrastructures de santé, y compris l'assainissement en eau, qui sont très importantes. Et bien entendu, nous avons besoin de régler le problème de la dette qui est critique pour plusieurs pays du continent. Car, la capacité de gérer une crise requiert que la situation financière soit assez forte.

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Dans le contexte actuel, un partenariat est-il possible entre les pays les plus forts et les pays les plus vulnérables pour justement construire la résilience globale du continent ?

Tous les 54 pays du continent sont membres et actionnaires de la BAD. Ils fournissent donc le capital de la Banque. Evidemment, les grands pays les plus riches fournissent plus de ressources que les pays à faible revenu. On peut donc considérer d'une certaine manière qu'il existe déjà un partenariat qui fonctionne bien au sein de la structure de la BAD y compris le Fond africain de développement (FAD) soutenu par certains pays africains dont l'Egypte, l'Afrique du Sud, l'Angola. Ils injectent des fonds dans le FAD pour aider les pays pauvres. Nous ne devons pas oublier le Nigeria Trust Fund dans lequel l'Etat nigérian injecte des fonds pour aider les petits et pauvres pays.

N'est-il pas nécessaire renforcer ce partenariat dans le contexte actuel de crise ?

Absolument ! Je crois que c'est ce que nous sommes en train de faire. Nous sommes en discussions avec les délégués du FAD concernant la seizième reconstitution des ressources du Fonds. Nous cherchons à transformer la situation afin d'avoir beaucoup plus de ressources pour aider les petits pays à se développer, à faire face à la fragilité et à améliorer leur économie.

C'est aussi la raison pour laquelle nous parlons de la sortie sur le marché financier du FAD, afin de tirer parti des equities. C'est d'abord précisément parce que nous avons besoin de plus de ressources pour aider les petits pays. Il y a donc un focus sur ce point et la BAD lutte pour s'assurer que personne n'est laissé pour compte.  Et je pense que cela est au cœur de notre action. C'est aussi au cœur de l'Agenda 2063 de l'Union africaine qui veut que personne ne soit laissé pour compte.

Les pays africains ont besoin de 4 600 milliards de dollars pour faire face aux changements climatiques. La BAD a pointé le fait que les pays les mieux préparés sont ceux qui reçoivent le plus du financement mondial au détriment des pays les plus vulnérables. Comment renverser cette tendance et comment la BAD compte-t-elle porter la voix des pays peu résilients ?

C'est une question importante. Effectivement, les pays les plus vulnérables aux changements climatiques sont aussi les plus pauvres du continent. Certains d'entre eux sont confrontés à des réalités issues de leur position géographique à l'instar des îles. Les risques pour ces derniers sont les encore plus importants, dus effectivement aux changements climatiques. Et nous ne devons pas oublier ce type de pays existe.

Ce que nous essayons de faire avec notre démarche de réapprovisionnement une fois de plus, nous proposons une importante réserve d'actifs qui se concentrerait sur les pays les plus pauvres pour les aider à faire face aux changements climatiques. Nous sommes vraiment focalisés sur l'adaptation, parce que ces pays ne sont pas pollueurs. Ainsi, l'atténuation n'est une question pour eux. En fait, ces pays ont encore besoin de se développer et réaliser de la croissance, mais de manière verte. Et c'est ce que nous leur proposons au travers du FAD qui est la fenêtre de la Banque qui s'occupe des pays les plus pauvres et les plus faibles.

Le réel problème de ces pays n'est-ce pas le manque de stratégie ?

C'est une des choses sur lesquelles nous travaillons et ces réserves que nous demandons aideront ces pays à produire leur Contribution déterminée au niveau national [NDC, ndlr], en ligne avec l'Accord de Paris et développer leur stratégie de long terme. Seul un nombre restreint de pays en Afrique ont de Contribution déterminée au niveau national dans le cadre d'une stratégie de long terme. Nous voulons mettre en place le hub NDC à la BAD. Ce serait magnifique si nous pouvions aller à la COP 27 -qui sera la COP africaine en Egypte- avec la majorité de nos pays ayant réalisé leur NDC.

Nous avons beaucoup entendu ces derniers temps, notamment lors des assemblées de la BAD, que l'Afrique a besoin d'argent, de fonds... Ces appels au financement international est souvent interprété par certains comme contradictoire avec la volonté affichée par les institutions africaines dont la BAD de rompre avec l'idée de « l'aide au développement ». Qu'en pensez-vous ?

Nous, en tant que Banque africaine de développement, avons un mandat assigné par nos actionnaires, un mandat qui nous vient aussi des ambitions de l'Union africaine au travers de l'Agenda 2063 auquel ont adhéré tous les pays du continent.

Nous sommes riches en ressources naturelles sur notre continent, mais sans routes, sans électricité, il n'est pas possible d'exploiter efficacement ces ressources naturelles, parce que notre argent se trouve sous la terre. Il est donc nécessaire d'avoir des moyens financier pour construire les infrastructures qui vont faciliter l'exploitation de ces ressources, nous avons besoin de moyens financiers pour être capables d'attirer le secteur privé de manière à réduire le risque associé à l'exploitation de ces ressources. Car, si les investisseurs privés sont intéressés par le projet mais estiment le risque trop élevé, ils ne viendront probablement pas.

Les contributions que nous obtenons des donateurs sont très importantes dans le but de gérer le risque afin d'attirer des capitaux du secteur privé international, de manière à développer une économie durable.

Les femmes sont de plus en plus reconnues pour leur apport au développement de nos sociétés et nos économies. Cela est perceptible même dans le leadership de la Banque à titre d'exemple. A votre avis, quel rôle les femmes en particulier devraient-elles jouer dans ce tournant décisif du développement de notre continent ?

Le fait est qu'en Afrique, sur le plan démographique, il y a plus de femmes que d'hommes. Le développement est donc tout simplement impossible si les femmes ne sont pas inclues. C'est aussi simple que cela !

Le président Adesina dit souvent qu'aucun oiseau ne peut voler avec une seule aile, il en faut deux. Au niveau de la Banque, nous prêchons par l'exemple avec un leadership impliquant les femmes jusqu'au plus haut niveau. Donc, lorsque nous disons aux pays de prendre au sérieux le besoin de développer les femmes, nous pouvons montrer notre exemple. Et notre objectif à la BAD est d'aller plus loin et d'avoir une parité absolue, 50/50 du leadership femmes et hommes.

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Regardez la société universelle, la responsabilité de prendre soin de la famille, d'élever les enfants qui deviennent des adultes responsables qui contribuent au développement et à la croissance des nations, revient souvent en grande partie à la femme. Si on veut faire ressortir le meilleur de la jeunesse, il faut s'assurer que les femmes sont sollicitées et pleinement soutenues, afin qu'elles puissent abattre le travail nécessaire pour véritablement faire de ces jeunes le future de l'Afrique.

Propos recueillis à Accra par Ristel Tchounand.

Ristel Tchounand

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