Le bilan de Rio+20 vu par l'entreprise

 |   |  721  mots
Copyright Reuters
Copyright Reuters
Le secteur privé est de plus en plus présent lors des grands sommets internationaux sur le climat ou le développement durable. Le WBCSD (Conseil mondial des affaires pour le développement durable), qui rassemble près de 200 entreprises sensibles aux enjeux du développement durable, était l'un des principaux organisateurs du « business day » qui a réuni de nombreux chefs d'entreprises à Rio+20. Philippe Joubert, ancien directeur général délégué d'Alstom et président de Alstom Power, conseiller auprès du président du WBCSD pour l'énergie, les services à l'environnement et la ville durable, nous livre ses impressions à l'issue du sommet.

A quoi a servi Rio+20 ?

Personne ne se dit satisfait du résultat, mais pourtant tous ont ratifié le texte ! Bien sûr, le texte final est faible sur certains points, mais c?est le résultat de négociations entre des centaines, voire des milliers de parties prenantes.

En revanche, ce qui est regrettable, c?est l?absence de chefs d?Etat de grands pays, à l?exception de la France, et, évidemment, du Brésil. En effet, dans ces sommets, lorsque vous discutez avec les spécialistes, vous êtes exposés à un véritable sens de l?urgence, que ce soit sur le climat ou sur les ressources naturelles. Je constate d?ailleurs qu?on ne rencontre plus vraiment de climato-sceptiques, qui ne croient ni au changement climatique, ni au rôle des activités humaines dans ce changement.

Je sais bien que ce n?est pas facile de se préoccuper d?environnement en période de crise économique. Mais peut-être faudrait-il s?interroger sur les origines de cette crise ? Ne pas choisir les bonnes priorités, ça n?est pas digne d?un grand président.

Et du point de vue des entreprises, quelles sont les avancées de Rio+20 ?

Tout PDG qui n?a pas le nez dans le guidon de ses résultats trimestriels comprend qu?il n?est plus possible aujourd?hui de poursuivre son business comme si de rien n?était, en considérant que les ressources naturelles sont gratuites et illimitées.

Le plus important pour un chef d?entreprise, c?est d?avoir une vision à long terme sur le cadre dans lequel il va pouvoir exercer son activité. Or, il me semble que plusieurs avancées dans ce sens ont été faites lors de Rio +20 : les objectifs de développement durable (qui doivent prendre le relais des Objectifs du millénaires à compter de 2015, ndlr) ; les études pour élaborer de nouveaux indicateurs de richesse prenant mieux en compte le bien être et les aspects sociaux, et enfin l?intégration des externalités négatives (les dommages causés à l?environnement, les tonnes de CO2 émises, etc. ndlr) dans le reporting de l?entreprise. Maintenant, il faut aller plus loin et le monétiser vraiment. Il ne faut pas rester au stade du Monopoly.

Pourquoi est-ce aussi important de tenir compte du coût de ces externalités ?

Devant les changements auxquels les entreprises sont confrontées, elles ont besoin d?un reporting fiable, qui permette aux PDG de prendre des décisions sur de bonnes bases. Cela n?est pas le cas aujourd?hui. Pour y parvenir, il faut d?abord mesurer, en donnant les vrais prix, ce qui permet ensuite de corriger puis de contrôler.

Pour chaque item, il faudrait indiquer dans le reporting à la fois ce que ça coûte et ce que ça devrait coûter si l?on prenait toutes les externalités en compte. Les prix du pétrole et du charbon, par exemple, ne se réduisent pas à leur coût d?extraction !

Les vrais coûts permettraient également de distinguer les bons et les mauvais élèves.

De nombreuses ONG s?opposent à cette marchandisation de la nature?

Bien sûr, donner un prix à la nature implique de mettre en place des garde-fous pour éviter les dérives.

Mais aujourd?hui on fonctionne encore avec des règles qui étaient adaptées à une population de 1,5 milliards mais sont totalement obsolètes maintenant que nous sommes 7 milliards et le seront plus encore en 2050 lorsque nous serons 9 milliards.

Le WBCSD développe un programme sur la ville durable. Quel rôle les villes peuvent-elles jouer face aux défis énergétique et climatique ?

D?une part, je rappelle qu?à l?échelle mondiale, 40 % des émissions de gaz à effet de serre sont dues à la production d?énergie, et 20 % à la mobilité. Une très large majorité de ces émissions ont donc lieu dans les villes.

Par ailleurs, la ville est le seul échelon territorial encore capable de formuler une stratégie, la décider, la mettre en place, la contrôler, etc. C?est donc un acteur majeur de la lutte contre le changement climatique.

Et cela représente des opportunités de marché significatives pour les entreprises. L?alliance entre ville et business est potentiellement très puissante.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 25/06/2012 à 13:02 :
l'espèce humaine semble être la seule à continuer de croitre en se lamentant des dégats que fait subir la pression humaine sur l'environnement.
Réponse de le 25/06/2012 à 14:13 :
? Oui... vous faites partie de ceux qui pensent qu'on devrait faire quelque chose contre la surpopulation sans doute. Pourquoi pas. Mais au fait vous voudriez faire quoi exactement? Un gouvernement mondial pour nous dire nos droits à procréer? Supprimer la procréation en tant que droit individuel et faire élever des enfants par l'état tutélaire mondial? Supprimer les individus qui dépasseraient leur quota carbone?
Quel est votre vision?
Réponse de le 26/06/2012 à 0:36 :
Supprimer les politiques familiales au dela de 2 enfants voire suppression totale selon + informer sur la nécessité de ne pas avoir plus de 2 enfants + meilleure éducation sexuelle, généralisation de l'usage des préservatifs etc.
a écrit le 25/06/2012 à 11:35 :
Les RIO's devraient s'appeller les RIONS car le CO2 n'a jamais cessé de galoper depuis. On ne connaît pas encore les chiffres de 2011, mais pour 2010, il y a eu 5.8% d'augmentation d'émissions de CO2 par rapport à 2009, ce qui veut dire un doublement en 2025. Nous allons vers la catastrophe finale et de plus en vite.
a écrit le 25/06/2012 à 10:47 :
Quelle fumisterie: ce monsieur ne rencontre plus de climato-sceptique au sommet des gens qui vivent de l'argent déversé au nom de l'urgence climatique? Etonnant, non? D'autant plus que le courant des climato-sceptiques est devenu par exemple majoritaire aux USA...
Cette simple déclaration permet de savoir que cet homme est un militant et non un simple chef d'entreprise concerné par ces sujets. Tout comme l'utilisation toujours intéressante de noms tels que "Conseil Mondial de..." etc... pour ce qui n'est en fait qu'une ONG militante comme une autre.
Monopole des mots, des slogans, de la capacité d'expression dans les médias... et des revenus tirés des généreuses subventions et autres efforts qu'in fine nous autres contribuables allons payer pour subventionner leurs profits et leurs revenus personnels.
La vie est belle dans le monde du faux capitalisme de connivence à l'échelle mondiale.
Réponse de le 26/06/2012 à 0:56 :
Le courant climato-sceptique n'est pas majoritaire aux Etats-Unis malgré l'intense lobbying démontré des groupes énergétiques et des pollueurs (voir lien ci-dessous) dont les ordinateurs notamment ont révélé de grossières manipulations. De plus les climato-sceptiques dans le monde sont toujours incapables de démontrer les causes du réchauffement en particulier régulier de l'océan et sa tendance vers l'acidification. Alors que dans le même temps les émissions de CO2 et Ges s'accroissent. Quand on regarde l'histoire de ces controverses, les climato-sceptiques n'ont pas cessé de changer d'explications et malheureusement les émissions de C02 et de Ges sont bien trop importantes pour ne pas les réduire. Donc les climato-sceptiques sont majoritairement des pollueurs qui nous font perdre du temps. http://www.gallup.com/poll/153608/global-warming-views-steady-despite-warm-winter.aspx

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :