OPINION. « Genève va accueillir une fondation mondiale pour encadrer l'IA sensible »
Sébastien Boussois

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C'est maintenant que se joue non seulement le futur de l'Europe en matière d'intelligence artificielle, mais également sa place en matière de sécurité à l'aune des nouvelles technologies. Qui dit sécurité dit aussi indépendance. La Suisse avec Genève a toujours joué un rôle historique et déterminant dans la défense du multilatéralisme et du modèle européen de souveraineté. Mais nous sommes face à un océan d'incertitude : faut-il réguler ou non ? Quelle place de l'IA dans les conflits, dans la guerre, dans la résolution des crises et dans les secteurs clés de notre vie quotidienne ? Les initiatives pour encadrer l'IA se multiplient, à l'image de la future Fondation GAIGI, portée par le Genevois Axel Mazolo, expert en gouvernance de l'IA.
La Fondation Geneva AI Governance Institute (GAIGI), dont la création est prévue à la rentrée 2025, est une initiative qui pourrait marquer une étape stratégique dans la régulation mondiale des technologies dites sensibles. D'après l'initiateur, on entend par technologie ou IA sensible un système d'intelligence artificielle dont la prise de décision ou les éventuels dysfonctionnements peuvent impacter de manière significative la santé, la sécurité, les libertés individuelles ou la continuité des services vitaux. Dans un contexte où les applications de l'IA se multiplient dans la défense, la santé ou encore les infrastructures vitales. Cette fondation vise à répondre à un besoin normatif croissant.
Première du genre, la fondation n'émettra pas de certifications directement. Elle se concentrera sur l'accréditation des organismes certificateurs à travers le monde, sur la base de standards techniques, éthiques et de gouvernance élaborés à Genève. Cette approche innovante vise à instaurer une couche de régulation neutre et transparente, tout en assurant un contrôle de qualité permanent via des audits réguliers. L'enjeu : garantir la fiabilité et la sécurité des systèmes d'IA dites sensibles.
Au niveau de son organisation, la gouvernance de GAIGI est conçue pour refléter les valeurs de neutralité helvétique : un conseil d'administration de haut niveau, rassemblant des personnalités influentes issues d'ONG internationales, du secteur industriel, de la défense, du droit et de la recherche académique. À cela s'ajoutent des comités spécialisés, couvrant les aspects techniques, éthiques et de conformité. Le tout sous supervision exclusive de l'autorité cantonale genevoise — sans possibilité de délégation à des instances fédérales ou étrangères.
Connu pour ses prises de position sur les dangers de l'automatisation militaire et son plaidoyer en faveur d'une gouvernance éthique de l'IA, Axel Mazolo s'est imposé comme une voix influente dans les débats sur les applications sensibles de l'intelligence artificielle. il a publié et collaboré avec divers groupes de réflexion autour des politiques de sécurité algorithmique. Il promeut une vision où la Suisse, et plus précisément Genève, peut jouer un rôle pivot en offrant un cadre de référence indépendant face à la fragmentation normative internationale.
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Cette annonce intervient alors même que Genève, qui vient d'accueillir plusieurs événements majeurs dédiés à l'intelligence artificielle, affiche clairement son ambition de jouer un rôle central dans la gouvernance du numérique. L'initiative s'inscrit ainsi dans une stratégie plus large portée par les autorités locales : faire de la cité lémanique un centre mondial de la régulation technologique. La neutralité helvétique, combinée à l'écosystème onusien et académique local, offre un terrain unique pour structurer des normes transversales capables de dépasser les rivalités géopolitiques.
Alors que l'Union européenne, les États-Unis ou encore la Chine adoptent des cadres nationaux parfois contradictoires, le GAIGI propose une voie médiane : une infrastructure de confiance, neutre, flexible et rigoureuse. Si cette vision s'impose, Genève pourrait devenir la capitale mondiale de l'encadrement des intelligences artificielles à haut risque — avec, en chef d'orchestre, une fondation locale ancrée dans l'esprit de Genève et déterminée à faire de la gouvernance technologique un pilier de la sécurité globale.
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(*) Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe et géopolitique, enseignant en relations internationales à l'IHECS (Bruxelles), associé au Cnam Paris (équipe Sécurité Défense), à l'Institut d'études de géopolitique appliquée (IÉGA Paris), au Nordic Center for Conflict Transformation (NCCT Stockholm) et à l'Observatoire géostratégique de Genève (Suisse).
Sébastien Boussois
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