OPINION. « L'eau, angle mort de la gouvernance mondiale »
Virginie Captier et Pierre Santarelli

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Virginie Captier et Pierre Santarelli

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Il y a une COP pour le climat, une pour la biodiversité... mais toujours aucune pour l'eau. Et pourtant les événements récents ont pointé l'urgence : l'effondrement spectaculaire du glacier du Birch, en Suisse, constitue un avertissement d'envergure, alors que les 2/3 des ressources mondiales d'eau douce proviennent des glaciers.
Partout, les tensions autour de l'eau s'aggravent : sécheresses, pollutions, pénuries, conflits d'usage... La pression s'intensifie sur une ressource dont la quantité globale reste stable, mais dont la qualité se dégrade dangereusement. En première ligne, l'agriculture, l'industrie et la production énergétique, qui constituent à elles-seules 70% de l'eau utilisée et polluée dans le monde.
Plus préoccupant encore, 50% de l'empreinte eau nécessaire à l'économie des pays développés provient de régions exposées à des niveaux d'insécurité hydrique extrême. Ce simple constat révèle un impensé majeur de notre époque : la dépendance à l'eau de nos modes de vie, de nos modes de consommation et de nos modes de production. Une dépendance qui ne cesse de s'accroître puisque d'ici 2050, les besoins mondiaux en eau douce devraient être multipliés par quatre !
Problème : l'eau est perçue comme un bien local, relevant de la souveraineté nationale. Elle traverse des intérêts divergents — agriculture, énergie, industrie, santé — qui freinent l'émergence d'une gouvernance unifiée. Surtout, les politiques, les entreprises et les citoyens, peinent à concevoir une gestion globale de l'eau qu'ils perçoivent avant tout comme une ressource accessible localement.
Face à cette urgence, la communauté internationale ne dispose ainsi aujourd'hui d'aucun espace multilatéral pérenne pour définir des priorités communes, mobiliser des financements ou coordonner l'action. Alors que d'ici 2050, 50% de la population connaîtra le manque d'eau une partie de l'année.
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Un signal fort a toutefois été donné en mars 2023, à New York, avec la première Conférence mondiale de l'eau depuis près de 50 ans. Cet événement historique a permis de rassembler États, institutions, scientifiques et société civile pour inscrire l'eau à l'agenda politique mondial.
Il a surtout montré qu'il existait une volonté collective émergente de penser l'eau comme un enjeu global, transversal, vital.
La prochaine étape pourrait être franchie très bientôt à Nice, lors de la Conférence des Nations unies sur l'Océan (UNOC3). Car on ne peut plus séparer les océans de l'eau douce : tout fait partie d'un même grand cycle, fermé, planétaire, fragile et nous dépendons tous de ce système commun, dont le déséquilibre menace la vie.
Il ne s'agirait pas ici de créer une nouvelle institution, mais d'organiser la coopération autour d'une vision commune, claire et ambitieuse.
Des signaux positifs émergent, notamment en Europe. En France, le Plan Eau de 2023 pose les bases d'une politique de sobriété et de résilience. Et à l'échelle européenne, la Commission vient de publier sa première stratégie de résilience de l'eau, affirmant le rôle stratégique de cette ressource pour la sécurité, la santé et l'économie du continent.
UNOC3 doit être l'occasion de faire un pas décisif en se dotant collectivement d'objectifs clairs pour protéger et gérer l'eau à long terme. Ces objectifs mondiaux donneraient un cap, que chaque État pourrait traduire en trajectoire nationale, adaptée à ses réalités et ses priorités.
L'eau n'est ni locale, ni étrangère : elle est le lien invisible qui nous unit tous. La reconnaître comme un bien commun mondial, c'est enfin se donner les moyens d'en prendre soin, pour aujourd'hui... et pour demain.
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(*) Pierre Santarelli est ingénieur en aéronautique. Il a une double expérience d'ingénieur de recherche et de consultant en stratégie, organisation et management. Ses missions lui ont permis de développer une forte expérience de conception, de pilotage et de mise en œuvre de programmes de transformation complexes dans différents environnements. Il intervient auprès de l'École Polytechnique Executive Education sur la création de valeur et sur les nouveaux modèles d'affaires réconciliant les dimensions économique, sociale et environnementale dans une logique de soutenabilité forte. À la suite de sa participation à la Convention des Entreprises pour le Climat, il a développé des savoir-faire autour de la gestion de la ressource Eau et de la biodiversité pour les organisations et leurs écosystèmes.
Virginie Captier est diplômée de l'EMLyon. Elle a une expérience de plus de 20 ans dans l'accompagnement de collectifs engagés dans des transformations. Impliquée dans la Convention des Entreprises pour le Climat depuis 2023, elle œuvre auprès des dirigeants et de leurs équipes pour faire émerger des nouveaux modèles d'affaires plus vertueux et accompagner les transitions nécessaires pour leur mise en œuvre. Consciente des périls autour de la ressource eau, elle développe des outils et méthodes pour aider les entreprises à se saisir des enjeux liés à la ressource et ainsi contribuer à sa préservation : ateliers de sensibilisation, mesure d'empreinte eau, définition de stratégie eau et accompagnement à la mise en œuvre.
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