LGV Tours-Bordeaux : Lisea, grand perdant de la mission Auroux ?

Pascal Rabiller & Mikaël Lozano

Pascal Rabiller & Mikaël Lozano
Dans quelques jours (le 30 juin), la mission de médiation de Jean Auroux, mandatée par la SNCF en accord avec le gouvernement, s'achèvera. Ces conclusions, présentées ce matin à Bordeaux, ne vont pas manquer d'être commentées... notamment par la société concessionnaire de la ligne Tours - Bordeaux, Lisea qui, économiquement, ne va pas s'y retrouver.
Le ton est donné. Pendant sa mission, Jean Auroux a dû prendre en compte les aspects hors normes et originaux de cette infrastructure, "qui est une ligne privée qui complète des lignes publiques et qui, contrairement aux autres lignes, n'a pu être financée par l'Etat, qui manque de moyens, qu'à hauteur de 40 % contre 78 % pour le TGV Est, 72 % pour le TGV Rhin-Rhône..."
Pour Jean Auroux, la discussion avec les différentes parties prenantes s'est faite sur le ton de la "courtoisie militante". Manière élégante de dire que les discussions ont été certes correctes, mais parfois dures... à l'image des intérêts très divergents des différentes parties. Une déclaration de l'ancien ministre du Travail résume à elle seule l'impossible quadrature du cercle :
Des remboursements qui seraient plus aisés avec une quarantaine de passages de TGV à son péage... Le médiateur mandaté par la SNCF le reconnait, "Lisea et Cosea ont mené le chantier de manière remarquable avec des ouvrages d'art de grande qualité, un vrai respect de l'environnement et une politique excellente en matière d'emploi", mais il sort aussi la calculette... et la défense de l'opérateur.
Surtout des trains directs qui passent automatiquement par le péage de Lisea ce qui n'est pas le cas, par exemple, des trains qui feront une escale à Libourne (4 A/R par jour conservés) et qui quitteront le nouveau tronçon dès Poitiers.
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Bref, tout le monde semble gagner à commencer par les collectivités locales... qui n'ont pas toutes payé leur part puisqu'il manque encore 300 M€ dans le bouclage du budget de 8 Md€.
Pourtant, concernant la société concessionnaire et ses relations avec la SNCF, Jean Auroux plaide l'apaisement "c'est un PPP de 50 ans, on doit retrouver des relations partenariales de confiance, de transparence et de solidarité..." Mais enchaîne sur une réflexion qui ressemble à une pique : "Je comprends Lisea, ils doivent rembourser les emprunts... et rémunérer leurs actionnaires...".
Il sera sans doute difficile pour Lisea de le faire avec 32,5 sillons soumis à péage dans le scénario Auroux, contre 37 sillons prévus dans la concession initiale. La proposition Auroux, "négociée" avec la SNCF porte sur 13,5 Bordeaux-Paris aller-retour directs en 2 h 05 par jour. Ceux là devraient rapporter, à raison de 48 € / train / km pour une rame double et 31 € / train / km selon les première estimations, entre 200 et 250 M€ par an de péage à Lisea qui doit se préparer au pire des scénarios.
Tout en précisant aussi que parmi ses propositions figure une clause de revoyure au bout de 18 mois d'exploitation.
Quelques minutes après, Lisea tenait sa propre conférence de presse. Son président Laurent Cavrois n'a pas caché être "très déçu" par les propositions, jugeant qu' "aucun effort n'a été consenti sur Bordeaux. On ne nous propose pas plus de trains mais plus de capacités des rames." Un point de vue bien éloigné de Lisea pour qui "le succès dépendra d'un service de haute qualité et notamment de la mise en place de navettes" entre Bordeaux et Paris.
Concernant l'augmentation de la capacité des rames :
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Le concessionnaire entend notamment capter la clientèle business qui fait l'aller-retour à Paris dans la journée et a donc tout intérêt à maximiser le nombre de trains directs faisant le trajet en à peine plus de 2 h. Son président a réaffirmé ses positions ce midi :
Sur le fait que la SNCF conteste le prix des péages :
Les accords initiaux entre Lisea, l'Etat et la SNCF peuvent-ils être remis en cause ?
Sur l'interruption des discussions avec la SNCF :
Sur le maintien de la navette Air France Bordeaux - Paris, concurrente directe des TGV :
Sur le nombre de trains jugés nécessaires par Lisea entre Bordeaux et Paris, comparativement à Lille, Lyon...
Sur l'équilibre financier atteint, ou pas, par Lisea avec l'actuelle proposition de la SNCF :
Pascal Rabiller & Mikaël Lozano