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Infrastructures - La Tribune Bordeaux

La LGV Bordeaux-Toulouse prend un peu de plomb dans l'aile

Photo de Mikaël Lozano

Mikaël Lozano à Bordeaux, avec Sophie Arutunian à Toulouse

Publié le 29 juin 2017 à 11:11 - Mis à jour le 30 juin 2017 à 08:41

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Le projet de ligne à grande vitesse entre Bordeaux et Toulouse a un nouveau caillou dans sa chaussure. Le tribunal administratif de Bordeaux a annulé ce jeudi matin la déclaration d'utilité publique des aménagements devant être réalisés au sud de Bordeaux.

Un sens du timing InOui. A deux jours de l'inauguration en grande pompe de la ligne à grande vitesse Tours - Bordeaux, qui mettra la capitale gironde à 2h04 de Paris en trains directs, le tribunal administratif de Bordeaux a jeté un petit pavé dans la mare en annulant la déclaration d'utilité publique des aménagements devant être réalisés au sud de Bordeaux. Ce n'est pas la déclaration d'utilité publique dans son ensemble qui est tombée, mais bien celle qui concerne uniquement ce tronçon au sud de Bordeaux. Le recours avait été formulé par une association girondine d'opposants, Landes Graves viticulture environnement en Arruan, et la Communauté de communes de Montesquieu.

Pour mémoire, cette ligne fait partie du projet GPSO, Grand Projet ferroviaire du Sud-Ouest, censé prolonger la grande vitesse depuis Bordeaux vers Toulouse d'un côté, Dax et l'Espagne de l'autre pour un investissement total de 9 Md€ non financé à ce jour. Il formalise deux lignes donc, celle de Bordeaux-Toulouse étant celle qui est régulièrement avancée comme étant prioritaire. L'enquête publique du GPSO avait été "saucissonnée", selon le mot des opposants au projet, en quatre parties : une enquête publique pour la sortie de Bordeaux, une autre pour l'entrée dans Toulouse, une autre pour la ligne nouvelle entre Bordeaux et Toulouse, et une dernière pour Bordeaux - Dax. C'est donc la première citée qui est tombée ce matin sur décision du tribunal administratif de Bordeaux, suivant l'avis du rapporteur public qui soulignait notamment l'absence de plan de financement et la faiblesse des études d'impacts socio-économiques. Plusieurs associations, notamment du Lot-et-Garonne, portaient ce recours contre les aménagements au Sud de Bordeaux.

"Les commissaires enquêteurs avaient donné un avis défavorable aux aménagements d'entrée à Toulouse et à la voie nouvelle LGV Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax", réagit le Collectif des associations de défense de l'environnement (Cade) du Pays basque et du sud des Landes. "Seuls les aménagements de sortie de Bordeaux avaient reçu un avis favorable. Le gouvernement avait déclaré une déclaration d'utilité publique pour tous les morceaux malgré tout. C'est donc la DUP de la seule partie qui avait un avis favorable qui a été annulée. Il y aura sans doute appel mais la bataille est lancée, projetant une ombre sur les flonflons de l'inauguration de la coûteuse LGV Tours-Bordeaux."

"Une belle gifle"

"Cette décision constitue un désaveu pour ceux qui persistent à vouloir prolonger laLGV au-delà de la métropole bordelaise. Cette DUP étant l'une des pierres angulaires du projet de ligne LGV GPSO, il est par conséquent urgent de le geler dans sa globalité et de ne plus engager aucun financement", estime le groupe écologiste au Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine.

A la Coordination Vigilance LGV Gironde, Denise Cassou applaudit des deux mains :

"C'est un premier signe spectaculaire dont nous sommes très heureux. Il conforte nos convictions sur l'inutilité de ce projet. Il faut aussi saluer le travail des associations qui ont porté ce recours. C'est une belle gifle portée aux grands élus qui portent ce projet contre l'avis de la population et un coup porté à la surenchère autour de l'arrivée de la LGV à Bordeaux inaugurée ce samedi, censée apporter le bonheur à tous les Bordelais."

La représentante de l'association espère maintenant d'autres décisions allant dans le même sens :

"Dans les mois qui viennent vont tomber les décisions concernant les recours déposés contre la ligne nouvelle. A la Coordination Vigilance LGV, nous en sommes à la phase d'échanges de mémoires. Il semble que nous nous dirigeons vers une décision du Conseil d'Etat dans les prochains mois, probablement à la fin de l'été."

Six recours devant le Conseil d'Etat ont été portés par 52 demandeurs : 3 communautés de communes, 13 communes, 16 associations, 15 syndicats socio-professionnels et professionnels, 5 particuliers.

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Pour ces requérants, rien n'est gagné pour autant. Le 26 juin, le Conseil d'Etat rejetait les requêtes de deux associations opposées au GPSO, la Cade et les Amis de la Terre, qui contestaient le décret de déclaration d'utilité publique des travaux à mener pour réaliser les lignes, signé le 2 juin 2016.

"Il faut bien rappeler que l'on parle d'un tronçon de 12 km en réaménagement de voies existantes pour désengorger le sud de Bordeaux, et non pas de construction de nouvelle voie, d'où notre incompréhension car il aurait fallu le faire, LGV ou pas", réagit Valérie Cormier, directrice d'EuroSud Transport, outil de veille et de promotion en faveur des grands projets de transports régionaux, basé près de Toulouse. "Pour nous, cette décision est de l'ordre de la péripétie mais c'est un peu ubuesque et cela nous fait prendre du retard. Il faut se replacer dans un projet global, porté par le dynamisme de Bordeaux et Toulouse, qui ensemble sont deux fois plus importantes que Aix et Marseille en termes de population mais 10 fois plus en poids économique !  Il ne faut pas oublier aussi que nous sommes sur un axe Grand Sud qui, a terme, mènera vers Barcelone, Marseille, Montpellier... Sur l'argument du manque d'études socio-économiques : elles ont bien été menées mais ont été portées au dossier d'enquête publique plus important, celui de la ligne Bordeaux-Toulouse. Il y a peut-être eu une erreur d'ordre administratif. Par ailleurs la ligne Bordeaux- Toulouse a été la seule ligne rescapée du rapport Duron en 2013 car la seule jugée économiquement viable."

En opposition à l'inauguration de Bordeaux-Paris samedi 1er juillet, les opposants au projet GPSO se retrouveront symboliquement au même moment à Pompéjac près de Bazas, en Gironde.

Mikaël Lozano à Bordeaux, avec Sophie Arutunian à Toulouse

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