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Innovation - La Tribune Région Sud

Frédéric Favrot : "Aucun agriculteur n’effectue de traitements chimiques par plaisir"

Photo de Laurence Bottero

Carole Payrau

Publié le 25 mars 2016 à 19:01 - Mis à jour le 25 mars 2016 à 19:09

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Si le biocontrôle n’a qu’une histoire récente, d’aucuns lui prédisent un avenir radieux. C'est ce qu'explique le président de Koppert France, dont le siège hexagonal est basé à Cavaillon dans le Vaucluse et qui figure parmi les convaincus de la première heure.

Qu'est-ce que le biocontrôle ?

Il s'agit de l'ensemble des outils naturels qui permettent de protéger les plantes. Cela comprend, d'un point de vue réglementaire, quatre familles précises. On compte d'abord les macro-organismes comme les insectes, à l'image, de la coccinelle se chargeant des nuisibles que sont les pucerons. Les micro-organismes, ensuite, ou champignons microscopiques. Les phéromones et kairomones, dont la vocation est la confusion chimique. Et enfin, les substances naturelles, telles les extraits végétaux et d'algues, les enzymes, les huiles essentielles à vertu de protection des plantes.

Comment a évolué l'utilisation du biocontrôle ?

En tant que production commerciale, le biocontrôle existe depuis plus de 50 ans. Koppert en a été le pionnier. Il est donc utilisé commercialement depuis les années 60 et a débuté avec la production des macro-organismes. Ce pour contrer deux soucis majeurs : l'utilisation à outrance des produits phytosanitaires sous abris, générant des problèmes pour les utilisateurs et les productions, et les impacts techniques liés aux résistances aux produits chimiques. Les producteurs ont été obligés de rechercher de nouvelles alternatives. Le biocontrôle s'est donc développé au départ uniquement sur le marché des serres chauffées, sous lesquelles s'épanouissent tomates, concombres, poivrons et fraises. Il a évolué peu à peu vers d'autres produits. Nous travaillons par exemple les trichodrammes, pour contrer la pyrale du maïs. Depuis 20 ans, la solution s'est démocratisée, et près de 130 000 hectares de maïs sont aujourd'hui traités, ce qui représente 30% des surfaces attaquées par la pyrale. De même, on sait que depuis 20 à 25 ans, se développent des solutions de confusion sexuelle, comme les phéromones, adaptées à l'activité de la viticulture et plus largement à l'arboriculture. 60 à 70% d'arboriculteurs utilisent aujourd'hui de tels outils de piégeage. Ainsi, le biocontrôle, c'est récent. Il a débuté sur des micro-segments de marché.

Est-il voué à supplanter le chimique ? Est-ce l'avenir ?

Depuis 10 ans, pour des raisons d'impasses techniques, mais aussi de pression sociale, politique et sociétale sur l'utilisation des produits phytosanitaires, l'agriculteur est en effet poussé à rechercher d'autres alternatives à ces derniers. Ainsi, depuis une décennie, de gros efforts sont faits pour mettre sur le marché des solutions de biocontrôle. Et même si pour l'heure, le monde phytosanitaire ne perd pas de terrain, il n'en subit pas moins ces pressions. Conséquence, depuis 10 ans, toutes les sociétés multinationales agro-chimiques, à l'instar de Monsanto, Bayer ou Syngenta, achètent des sociétés de biocontrôle. Pour l'heure, ce dernier ne représente que 5% du marché total de la protection des plantes, estimé quant à lui à 2 Mds€. Mais la volonté de faire baisser la chimie s'affirme de plus en plus, notamment chez nos politiques. Et depuis 2010 notamment, nous abordons un véritable virage, qui devrait voir, à l'avenir, les productions directes faire davantage appel au biocontrôle.

Des géants de l'agro-chimique faisant l'acquisition de sociétés de biocontrôle... n'est-ce pas un peu schizophrène ?

Il est vrai que cela peut prêter à rire. J'analyse leur stratégie en discernant deux raisons d'investir le marché. Il y a tout d'abord, j'imagine, une volonté de reverdir leur image. Mais sans doute veulent-ils aussi se donner l'opportunité de voir évoluer le biocontrôle, afin d'envisager de se positionner et de changer de business model, voire de cœur de métier, au cas où ce dernier prendrait l'essor qu'on lui prédit. Chez Koppert, a contrario, nous sommes investis dans la commercialisation d'un système agronomique basé sur l'écoute des logiques naturelles depuis l'origine. Nous sommes la première société au niveau mondial à s'être lancée sur ce créneau. C'était au départ une entreprise familiale, qui a aujourd'hui près de 50 ans. Koppert, c'est également 160 M€ de chiffre d'affaires et 11 000 collaborateurs sur l'ensemble de nos filiales. Koppert France, dont le siège se situe à Cavaillon, totalise quant à lui 11 M€ et 45 collaborateurs.

Quel est le profil type de votre client ? Le converti à l'agriculture raisonnée ou biologique ?

Aujourd'hui, l'ensemble de la population agricole est proche de la non-utilisation de produits phytosanitaires. Je ne connais, sincèrement, aucun agriculteur qui effectue des traitements chimiques par plaisir. Ainsi, tous sont enclins à utiliser le biocontrôle dès lors que leur production rencontre des soucis techniques, des impasses avec la chimie. Bien sûr, il y a aussi des agriculteurs à la philosophie marquée, qui veulent produire sans aucun produit phytosanitaire. Mais ce n'est pas la majorité de nos clients : la plupart des agriculteurs viennent chercher des solutions chez nous, d'autant que cette pression sociale et sociétale se fait plus forte, et ils en sont bien conscients. Et puis, il ne faut pas oublier qu'eux-mêmes sont des consommateurs !

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Koppert figure, aux côtés de l'Inra et du Cirad, parmi les acteurs d'un consortium sur le biocontrôle.

Il a été initié par le gouvernement et résulte d'une conséquente volonté politique de produire plus propre et plus sain. Sa vocation est de faire travailler ses acteurs sur des projets à même de développer et multiplier les solutions de biocontrôle, notamment par un travail de R&D. Aujourd'hui en effet, il nous manque des solutions commerciales, elles ne sont pas suffisantes pour remplacer la chimie. C'est principalement le cas sur les grandes cultures, celles des céréales et du maïs. Car en la matière, la chimie a un coût bien moindre. Par ailleurs, si la biochimie est basée sur le curatif, le biocontrôle, quant à lui, repose sur le principe d'anticipation des systèmes, ce qui peut être complexe à mettre en place sur de grandes cultures. Telle est donc la mission principale de ce consortium, dans lequel Koppert a une part importante, d'autant qu'elle figure parmi les partenaires historiques de l'Inra.

Enfin, parmi ses acteurs, on compte également avec l'Association française des entreprises de biocontrôle, ou IBMA, dont vous êtes le vice-président et le secrétaire...

Il s'agit de l'association des sociétés qui produisent des solutions de biocontrôle. Nous comptons une quarantaine d'entreprises, au niveau national. La vocation de l'IBMA est de porter, de promouvoir et de défendre les intérêts du biocontrôle. Nous avons des contacts avec le gouvernement, qui nous a montré son empressement à voir se développer l'ensemble de ces outils naturels destinés à la protection des plantes. Pour illustrer davantage son action, l'association agit par exemple auprès des politiques afin d'alléger la partie réglementation, pour accélérer la mise sur le marché de nos produits. Enfin, l'association s'occupe de la promotion du biocontrôle par le biais de formations, de colloques et de conférences.

Carole Payrau

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