Laurent Alexandre : "La France a perdu sa souveraineté numérique"

Pierre Cheminade

Pierre Cheminade
"Je vais vous parler de politique ce soir, je vais vous parler de vos enfants." C'est par ces mots, volontairement graves, qu'a débuté l'intervention de Laurent Alexandre (*) devant les 1.500 entrepreneurs, dirigeants et étudiants réunis au French Tech Connect de Bordeaux, mardi 12 décembre. Le chirurgien, essayiste, conférencier, fondateur de Doctissimo et président de DNA Vision était l'un des invités vedettes de cette 2e édition. Adoptant une posture de gourou du numérique - voix grave, bras levés et phrases chocs à l'appui - Laurent Alexandre s'est concentré sur la guerre de l'intelligence artificielle entre les Etats-Unis et la Chine... Conflit dans lequel la France et l'Europe ont déjà été colonisées.
Tout l'enjeu est de combler l'énorme retard entre les entreprises françaises et européennes "devenues des naines au niveau mondial" et les leaders californiens GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) et chinois BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi). "Nos entreprises atteignent 1 Md€ de capitalisation quand les GAFA en totalisent 1.000 Md€ et le seul Tencent atteint 540 Md€", a rappelé Laurent Alexandre.
Une domination sans partage des Etats-Unis et de la Chine qui a entraîné, selon l'entrepreneur "une perte de souveraineté numérique à tel point que la France et l'Union européenne sont devenues aujourd'hui des colonies numériques". Le nerf de cette guerre technologique est la recherche dans l'intelligence artificielle (IA), un enjeu tant à titre individuel que géostratégique : "Allons-nous finir écrabouillés par les GAFA et les BATX ?", a questionné Laurent Alexandre de manière purement rhétorique.
Pour lui, il est urgent de permettre aux entreprises européennes de "grossir plus vite, grandir plus vite et de disposer des moyens financiers et réglementaires nécessaires". Il met en avant deux axes principaux. Le premier, plutôt consensuel, propose de muscler le budget de la recherche - "2,2 % du PIB en France contre 5 % en Corée du Sud" - tandis que le second, clairement plus polémique, propose de lever les freins français et européens à la collecte et l'utilisation de données :
Des évolutions qui passeront nécessairement, dans l'esprit de Laurent Alexandre, par un renouvellement drastique du personnel politique : "L'élection d'Emmanuel Macron a renouvelé profondément le personnel politique. Ces nouveaux élus, souvent plus jeunes, comprennent mieux la technologie qu'il y a un an. Mais ce n'est pas suffisant. Il faut remplacer les gens de l'autre temps". Et l'auteur de "La Guerre des intelligences" (2017, JC Lattès) d'appeler "la jeune génération d'entrepreneurs à être le lobby du futur auprès du patronat, des administrations, de l'Éducation nationale et des élus locaux et nationaux !"
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Le dynamisme des jeunes entrepreneurs du vieux continent est en effet le "terreau extrêmement fertile" qui doit permettre de renverser la vapeur :
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Et Laurent Alexandre de conclure son discours en se prenant à rêver, "à titre personnel", au sujet d'Emmanuel Macron et de Mounir Mahjoubi, le secrétaire d'Etat au Numérique, également présent à French Tech Connect :
Rien de moins.
(*) Laurent Alexandre est actionnaire à hauteur de 28% de "La Tribune".
Pierre Cheminade