Inclusion numérique : l'Etat veut jouer collectif pour avancer dès 2018

Pierre Cheminade

Mounir Mahjoubi à Bordeaux
Agence Appa

Pierre Cheminade

Mounir Mahjoubi à Bordeaux
Agence Appa
1 Md€ en quatre ans : c'est la somme nécessaire pour combler la fracture numérique selon l'évaluation menée conjointement par les associations Emmaüs Connect et WeTechCare, accompagnées par CapGemini (lire ci-dessous). Mounir Mahjoubi est justement venu à Bordeaux pour mobiliser les très nombreux acteurs de la médiation numérique réunis dans les locaux d'Emmaüs Connect, inaugurés aux Aubiers en début d'année. "La fracture numérique est un problème urgent et grave. Il concerne 13 millions de nos concitoyens, soit 20 % de la population", a lancé d'emblée le secrétaire d'Etat. De leur côté, les associations avancent le chiffre de 40 % de la population, soit 26 millions de personnes, "éloignées ou éprouvant des difficultés à réaliser leurs démarches en ligne". Mais qu'elle soit totale ou partielle, l'exclusion numérique reste un enjeu de premier plan pour Mounir Mahjoubi :
S'il ne reprend pas dans l'immédiat à son compte le chiffrage d'1 Md€, dans l'attente d'autres travaux et de remontées du terrain, Mounir Mahjoubi est venu détailler sa stratégie nationale d'inclusion numérique qui a pour mot d'ordre "la co-création". Le ministre veut écouter et mobiliser tous les acteurs : les grands opérateurs publics, les collectivités locales, les associations, les accompagnants et les entreprises privés.
Concrètement, tous ces acteurs très hétérogènes sont invités à participer à trois ateliers qui devront rendre leurs travaux en mars 2018 :
"Le sujet majeur c'est bien sûr le financement de ce plan. Tout le monde a intérêt à ce que ce plan soit financé, y compris les entreprises privées", assure Mounir Mahjoubi qui se montre optimiste à défaut d'être plus concret. "Notre chance en matière d'inclusion numérique c'est que l'intérêt social et l'intérêt économique se recoupent largement du point de vue des acteurs privés. D'ailleurs, ils sont plutôt demandeurs d'actions à financer", confirme Cécilia Creuzet-Germain, la directrice générale adjointe de WeTechCare qui pilotera le premier groupe de travail. L'inclusion numérique vise en effet 13 millions de clients potentiels aujourd'hui éloignés des services numériques. Et cette double logique sociale et économique vaut également du côté des usagers. L'association évalue ainsi le gain potentiel lié à l'utilisation de services bancaires en ligne à 60 €/mois, à comparer avec le revenu fiscal moyen dans le quartier bordelais des Aubiers qui n'est que de 500 €/mois.
D'autant que les montants investis dans l'inclusion numérique sont rentables rapidement, assure WeTechCare, chiffres à l'appui :
Pour Gérald Elbaze, dirigeant de Médias-Cité et pilote de l'atelier 3 avec la Médiation Numérique, l'un des enjeux financiers est aussi de "permettre à des gros opérateurs comme la Caisse des dépôts ou les fonds européens de subventionner les petites structures qui maillent le territoire". Il appelle également les acteurs de la FrenchTech à se mobiliser : "Vous levez des fonds, nous levons des freins : on doit travailler ensemble !"
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"Une fois que nous serons tombés d'accord sur la démarche en mars prochain, chaque département devra élaborer son schéma d'action avant l'été en lien avec le préfet et tous les acteurs du territoire pour que le déploiement sur le terrain intervienne en septembre 2018 en phase avec les besoins et publics locaux", poursuit le secrétaire d'Etat au Numérique.
La formation, le statut et les parcours professionnels des quelque 10.000 accompagnants dans le domaine du numérique, qu'ils soient associatifs ou fonctionnaires territoriaux, est également un dossier mis en avant dans ce plan. Un aspect souligné par Mounir Mahjoubi : "Notre premier partenaire sur le numérique, ce sont les collectivités car ce sont elles qui sont en première ligne face à la fracture numérique." C'est en effet l'échelon du Département - qui assure le lien entre les métropoles fibrées et les territoires qui peinent à monter en débit - qui a été retenu pour déployer cette stratégie au plus près du public.
Un rôle pleinement assumé par la collectivité girondine : "Nous avons déjà mené notre diagnostic et bâti des réponses. On a notamment cartographié les lieux d'accès au numérique. Les bibliothèques peuvent y jouer un grand rôle car elles maillent le territoire", témoigne Matthieu Rouveyre, vice-président (PS) chargé notamment des accès numériques. Le département travaille notamment sur les chèques Aptic, pour favoriser la culture numérique, et a intégré dans sa prochaine délégation de service public sur le réseau très haut-débit, qui sera annoncée début 2018, une clause imposant au délégataire privé de financer l'inclusion numérique "à hauteur d'au moins 200.000 € par an".
C'est précisément l'objectif de cette stratégie de co-construction que de s'inspirer de ces multiples initiatives, propres à chaque territoire et soutenues par des acteurs et des échelons locaux divers, pour les fédérer au niveau national. "Le rôle de l'Etat sera de coordonner et soutenir les démarches qui fonctionnent pour maximiser leur impact sur le terrain", résume Mounir Mahjoubi avant de filer à la journée French Tech Connect.
Voici quelques chiffres tirés de l'étude réalisée par Emmaüs Connect, WeTechCare et CapGemini. Les 40 % Français "éloignés du numérique et/ou en difficultés dans leurs démarches en ligne" se répartissent de la manière suivante :
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Le plan d'investissement de 1 Md€ en quatre ans (ou 1,05 Md€ en six ans) doit permettre de mobiliser 160 millions d'heures de formation (soit 13h/personne en moyenne), 52 équivalents temps plein par département, et 27.000 accompagnants et formateurs dont 22.000 bénévoles. L'étude estime qu'un euro investi dans l'inclusion numérique en rapporte deux au bout de sept ans.
Pierre Cheminade