Pourquoi la startup NFC-I a refusé 1 M€ d’augmentation de capital

Jean-Philippe Déjean

NFC-Interactive
Appa

Jean-Philippe Déjean

NFC-Interactive
Appa
Incroyable mais vrai : la startup NFC-I (ex-NFC-Interactive), à Bordeaux, vient de dire non à une augmentation de capital de 1 M€. Rien d'irréfléchi pourtant dans la décision prise par Nicolas Bournet, ex-directeur administratif et financier de la chaîne de télévision bordelaise TV7, diplômé de l'IAE de Lyon et président de NFC-I, société qu'il a cofondée en 2014 avec Serge Chaumette, une pointure du Laboratoire bordelais de recherche en informatique (Labri), où il est enseignant-chercheur. En 2016 les deux associés annoncent qu'ils veulent réaliser une levée de fonds de 500.000 euros pour financer leur développement, qui est en cours d'accélération.
Impossible de réaliser une augmentation de capital sans avoir une idée de la valeur de l'entreprise. Ce qui serait quasi suicidaire pour l'investisseur comme pour l'entreprise.
Un conseil qui valait son pesant d'or. Car le premier contrat prévu pour la levée de fonds de 1 M€ contenait une clause couperet que ni Nicolas Bournet ni Serge Chaumette n'avaient vu.
Comme son nom ne l'indique pas pour les profanes, NFC-I a innové dans un domaine pointu appartenant au monde des objets connectés : la communication en champ proche (ou near field communication) interactive. L'avantage de cette technologie de communication sans contact, qui utilise de très hautes fréquences dont la portée n'excède pas dix centimètres, c'est qu'elle n'a pas besoin de réseau. Ce qui correspond parfaitement aux besoins en sécurité de la SNCF et des sociétés de chemins de fer.
Les cabanes techniques éparpillées sur les réseaux ferrés, qui gèrent les flux électriques contrôlant l'ouverture et la fermeture des barrières des passages à niveaux ou la signalisation des chemins de fer, génèrent en effet des champs électromagnétiques qui empêchent toute communication par Internet.
Avec la technologie NFC les smartphones peuvent collecter des informations hors ligne et récupérer les données sur le fonctionnement des cabanes techniques. En 2015, un an après sa création, la société NFC-I a élargi ses compétences en proposant à ses clients d'intégrer leurs protocoles de communication, qu'il s'agisse de bluetooth ou de wifi par exemple, dans une même plateforme IoT (Internet des objets). Les utilisateurs peuvent ainsi créer leur propre réseau de communication Internet des objets, notamment en maintenance (communication de machines ou de contrôles de sécurité pour annoncer qu'une pièce va bientôt lâcher, ou qu'un système électrique a cessé de fonctionner, etc.).
Même si elle n'emploie que 10 salariés, NFC-I fait désormais partie des entreprises reconnues par la SNCF, ce qui représente une solide carte de visite, en France mais aussi à l'étranger. Carte de visite qui a sûrement aidé la startup bordelaise à convaincre Mesea (groupe Vinci), qui assure la maintenance de la ligne à grande vitesse Bordeaux-Tours, de travailler avec elle. Comme annoncé il y a quelques mois, Nicolas Bournet confirme aussi que NFC-I va prendre pied cette année au Canada.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

WSP, basé à Montréal, est un grand groupe d'ingénierie et de conseil québécois qui joue un rôle majeur dans son secteur d'activité en Amérique du Nord. Il emploie 42.000 salariés dans 40 pays. D'autre part Toronto est la ville où Google va créer le quartier Google City, ce qui intéresse beaucoup les Bordelais, qui sont également en contact avec la société de chemins de fer allemande Deutsche Bahn, tout aussi intéressée que les autres opérateurs par les questions de sécurité.
L'éclisse défectueuse qui a provoqué la catastrophe de Brétigny-sur-Orge était connue mais l'information n'est pas remontée, un type d'erreur que NFC-I aide à résorber (photo Reuters)
À lire également
En plus de fiabiliser à des niveaux jamais atteints la collecte et le traitement des informations ayant trait à la sécurité sur les voies ferrées, NFC-I, dont la devise est "Faire parler les données" développe aussi ses compétences en traitement du big data. L'extraction et le traitement d'informations de ces grandes masses de données générées par la communication des objets étant un nouvel enjeu stratégique, y compris pour la SNCF...
Jean-Philippe Déjean