"95.000 TPE et PME passent à côté des aides fiscales à l'innovation"

Mikaël Lozano

L'équipe de Self&Innov installée à Bordeaux
Self & Innov

Mikaël Lozano

L'équipe de Self&Innov installée à Bordeaux
Self & Innov
"Qui paie 30.000 €, le prix d'une bagnole, pour une étude de marché de 40 pages ?" Le constat, brut de fonderie, est sorti de la bouche de Matthieu Bacquin il y a quelques années. Après avoir gravi les marches dans le métier du conseil, il ne cesse alors d'être éberlué devant les tarifs totalement hors de portée des PME proposés par certains cabinets de conseil. Si les grands groupes n'ont pas de difficultés à se positionner, les petites structures, elles, n'en ont évidemment pas la possibilité. Associé dans un cabinet, Matthieu Bacquin tombe par hasard sur un article mentionnant l'émergence des "consultech", nées du croisement entre le monde du conseil et celui de la technologie et des plateformes web.
En élaborant le concept de Self&Innov, son président Matthieu Bacquin emprunte volontiers à des sociétés qui n'ont rien à voir avec cet univers :
La société bordelaise se positionne donc "comme un éditeur de logiciels" en mettant à la disposition des dirigeants de PME et startups des outils leur permettant de réaliser eux-mêmes des tests d'éligibilité à certains dispositifs fiscaux et de monter des dossiers. "Il y a toujours une intervention humaine d'un de nos experts en fiscalité de l'innovation pour vérifier que tout colle", insiste Matthieu Bacquin.
Née en 2016 à Bordeaux, Self&Innov est focalisée sur trois aspects : l'obtention et la sécurisation du crédit d'impôt recherche, du crédit d'impôt d'innovation et du statut de Jeune entreprise innovante. Le marché, lui, est immense :
Est-ce la peur du contrôle et potentiellement du redressement qui donne naissance à cet "océan bleu" qui n'est pas adressé ? Matthieu Bacquin y voit plutôt la conséquence de plusieurs facteurs : "Le coût prohibitif des cabinets de conseil, la méconnaissance de la générosité du système français et le manque de pédagogie. Même sur le site ministériel, le crédit d'impôt innovation n'est pas du tout mis en valeur !" Le cofondateur de Self&Innov résume la population à deux composantes : "Les entreprises qui ne comptent que sur elles, leurs clients et leurs équipes, qui sont focalisées sur leur business, la partie qui les motive bien plus que la paperasse, peu assimilée à l'aventure entrepreneuriale. Et d'autres plus ouvertes à l'idée d'aller chercher des aides, dont les dirigeants se disent : « Après tout, je paie des impôts... » Ce qui crée la bascule entre ces deux catégories, c'est le montant qu'il est possible de débloquer et qui n'est pas anodin pour une TPE ou une PME. Et ici on parle d'impôt sur les sociétés en moins ou de trésorerie, pas d'avances remboursables."
Self&Innov ambitionne maintenant d'ouvrir à court terme de bureaux à Nantes et Lyon, mais se dit ouverte à d'autres opportunités. "Nous avons vocation à être présents dans toutes les métropoles French Tech, ajoute Matthieu Bacquin. Notre modèle nécessite 50 clients par ville pour s'équilibrer." Reste encore à faire avancer les pions de la "consultech" :
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

La société a bien conscience que le rôle de défricheur isolé d'un marché est compliqué à assumer et espère donc voir un peu de concurrence émerger. "On a mis 12 mois à gagner nos 20 premiers clients, on a fini 2018 avec 85 clients et actuellement, en juillet, nous ne sommes à 140 et nous visons les 5.000 d'ici trois ans. La croissance est donc là et il va nous falloir être le plus gros possible pour verrouiller ce marché. Nous avons retardé le lancement d'un tour de table et prioriser la génération de chiffre d'affaires. Nous serons ainsi plus à l'aise pour lever dans de bonnes conditions début 2020, on n'y jouera pas notre peau mais nous serons au contraire positionnés pour prendre un leadership fort. L'idée est de ne pas avoir ouvert la route dans le brouillard à d'autres acteurs qui vont apparaître", explicite le dirigeant. Ce dernier se dit marqué par le crash abrupt de la plateforme de livraison de repas Take it easy "qui était pionnier sur un marché non-mature et qui générait du chiffre d'affaires". Et veut bien faire comprendre son positionnement :
Mikaël Lozano
Olikrom propulse ses pigments intelligents dans l’aéronautique et la défense
Batteries implantables chez l'humain : Fineheart pilote un programme européen stratégique
Dans le laboratoire de Dionymer, rencontre avec les bactéries du bioplastique
Déserts médicaux : dans le bus qui part à la rencontre des patients isolés en Gironde