Livraison de repas : Take Eat Easy raccroche ses vélos

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Les fondateurs de Take Eat Easy (de g.à d. :Adrien Roose, directeur, Chloé Roose, responsable commerciale, Jean-Christophe Libbrecht, ingénieur, Karim Slaoui, analyste).
Les fondateurs de Take Eat Easy (de g.à d. :Adrien Roose, directeur, Chloé Roose, responsable commerciale, Jean-Christophe Libbrecht, ingénieur, Karim Slaoui, analyste). (Crédits : DR)
L'entreprise belge implantée partout en Europe n'a pas réussi à boucler une nouvelle levée de fonds nécessaire à son développement. Dans le même temps, ses concurrents se sont développés à vitesse grand V.

Lancée à l'été 2013 à Bruxelles, l'application de livraison de repas Take Eat Easy a cessé de fonctionner ce mardi. Dans une note publiée sur le site Medium, Adrien Roose, cofondateur et patron de la société, explique que l'entreprise qui emploie directement 160 personnes et fait travailler des centaines de coursiers à vélo est en redressement judiciaire.

Comment Take Eat Easy en est-elle arrivée là, alors que selon ses propres mots, l'application  "[avait] dépassé le million de commandes il y a quelques jours" ? Une autre cofondatrice de la société, Chloé Roose, apporte la réponse : "1) nos revenus ne couvrent pas encore nos coûts, et 2) nous ne sommes pas parvenus à clôturer une troisième levée de fonds."

Exercice de transparence

Dans une volonté de transparence plutôt rare, Adrien Roose livre une longue explication sur l'échec de son modèle, schémas à l'appui. Après avoir rappelé que Take Eat Easy était présente dans 20 villes réparties en France, en Belgique, au Royaume-Uni et en Espagne, il explique que même si la marge sur coût variable est positive, "ce n'est pas assez pour couvrir les coûts fixes".

Lire aussiTake Eat Easy, un "Uber" de la livraison par vélo lève 10 millions d'euros

D'où la nécessité de procéder à de nouvelles levées de fonds : mais là encore, Take Eat Easy s'est heurté à un obstacle, la concurrence féroce dans le secteur de la livraison. L'année dernière, Deliveroo avait levé 200 millions d'euros, pour 16 millions d'euros pour la startup bruxelloise. Autre coup dur, "un de nos propres investisseurs avait investi dans un de nos concurrents direct", raconte Adrien Roose.

Les investisseurs tournent le dos

Au total, "114 fonds d'investissements" n'ont pas souhaité s'engager dans Take Eat Easy, signe que les perspectives de développement de la société n'étaient plus assez convaincantes. L'ultime espoir prend fin en juin 2016, lorsqu'un groupe de logistique "possédé par l'Etat français" retire son offre de 30 millions d'euros. Selon le quotidien Le Soir, il s'agirait du groupe La Poste, possédé par sa filiale GeoPost.

Take Eat Easy était présente dans douze grandes villes françaises (Paris, Lille, Lyon, Bordeaux, Toulouse notamment). Son arrêt marque peut-être le début d'une concentration dans le secteur, avec des startups qui cherchent à tout prix à obtenir le leadership sur leur marché pour ne pas disparaître.

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Commentaires
a écrit le 28/07/2016 à 15:19 :
La belle vie pour ceux sur la photo, par contre ,les autres ...

Bref,des jeunes qui exploitent déja ...des jeunes.

Exemple trouvé sur le net :

J’ai commencé par Tok Tok Tok en juillet 2014. Je cravachais comme un fou, j’ai perdu 10 kilos en un mois. Mais j’ai très vite compris ce qu’était un lien de subordination et à quel point ils trichaient. J’ai donc décidé de les attaquer aux Prud’hommes pour demander la requalification de ma collaboration en contrat de travail.
Je suis arrivé à Take Eat Easy en décembre 2014, au moment où le site était en plein essor. Au début, ça se passait relativement bien, même si c’était épuisant. Je n’ai jamais autant roulé que chez eux.Nous partions généralement de la place de la République, où nous nous donnions rendez-vous, avant d’effectuer des courses dans tout Paris, payées 7,50 euros chacune. Je touchais en moyenne 1.800 euros brut par mois pour 40 à 45 heures de travail par semaine. On nous avait dit que les trajets ne dépassaient jamais 4 kilomètres : résultat, 80% des livraisons étaient à plus de 5-6 kilomètres.
J’ai vu cette entreprise grossir et prendre de l’ampleur. Les chefs organisaient très régulièrement des soirées festives dans des pubs, financées par la plateforme, avec d’autres livreurs. Pour ça, ils avaient de l’argent…
Un jour, je me suis cassé le poignet au cours d’une chute à vélo. Rien comparé à d’autres, qui ont eu des accidents bien plus graves à force de vouloir livrer le plus rapidement possible.Quand je les ai rappelés en mai 2015, j’ai expliqué que je souhaitais reprendre mais que je ne pouvais plus traverser tout Paris. Ils m’ont répondu que ce n’était pas possible et que le mieux était que l’on arrête notre collaboration.Ce qui s’est passé avec Take Eat Easy n’est qu’une illustration de l’inquiétant dumping social que nous vivons et montre le vrai visage de cette économique. Foodora, où les livreurs ne sont payés que 2 à 4 euros la course, en plus d’un tarif à 7,50 euros de l’heure, subira peut-être la même chose dans trois mois…
C’est contre ce système d’uberisation que je me bats, et d’autant plus aujourd’hui : l’article 23 de la loi Travail, qui favorise les plateformes, permettra d’empêcher les recours aux Prud’hommes pour des requalifications en statut de salariés.
a écrit le 26/07/2016 à 19:32 :
Je me demande comment un groupe peut être possédé par sa filiale (cf. " il s'agirait du groupe La Poste, possédé par sa filiale GeoPost.")
a écrit le 26/07/2016 à 17:23 :
Supposé être GeoPost: https://techcrunch.com/2016/07/26/european-restaurant-delivery-startup-take-eat-easy-ceases-trading-as-it-tries-to-find-a-buyer/
a écrit le 26/07/2016 à 17:22 :
Toutes les startups ne peuvent malheureusement par réussir, par définition même du modèle. Par contre, il est HONTEUX qu'un investisseur leur ai proposé une "term sheet" avec clause d'exclusivité (i.e. interdiction de continuer d'avoir des discussions avec d'autres investisseurs), de faire ensuite une "due dilligence" pendant 3 mois pour finalement se retirer. C'est soit du sabotage, soit un manque TOTAL de compréhension de la levée de fonds. Lamentable et triste pour le monde du capital risque français.
Réponse de le 28/07/2016 à 21:07 :
Geopost ayant racheté il y a quelques temps Resto-In, société historique du secteur qui en prends plein les dents avec TEE et cie, l'hypothèse du sabotage est peut être crédible en fin de compte.
a écrit le 26/07/2016 à 14:47 :
Un énième problème majeur en néolibéralisme, avoir l'idée, la mettre en pratique, la faire évoluer ne suffit plus pour exister, il faut des fonds, donc ceux qui ont une idée se la font piquer par ceux qui n'en ont pas mais qui par contre ont du pognon.

Comment motiver dans ce cas les esprits créatifs ?
Réponse de le 27/07/2016 à 10:55 :
Parce que l'argent n'est pas gratuit, sauf chez les Bisounours
Réponse de le 28/07/2016 à 9:52 :
Oui Vincent vous voulez exprimer une opinion peut-être ou bien aviez vous juste envie de croasser ?

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