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Innovation - La Tribune Région Sud

Comment MyEndoApp veut accompagner les femmes atteintes d’endométriose

Maëva Gardet-Pizzo

Publié le 18 mars 2020 à 19:16 - Mis à jour le 18 mars 2020 à 19:26

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Développée à Marseille, cette application propose un dépistage de l’endométriose. A terme, de nouvelles fonctionnalités doivent venir l’enrichir pour en faire un outil complet au service de la santé de la femme, à disposition de la patiente mais aussi des médecins.

Même si elles le sont de moins en moins, les règles restent un tabou. Pour certaines femmes, elles sont un fardeau qu'il faut porter en silence. Il y a les problèmes de règles abondantes, douloureuses, et cette pathologie que l'on connaît depuis une quinzaine d'années seulement : l'endométriose qui touche 12 % des femmes en âge de procréer.

"C'est un problème de cycle menstruel", explique Jean-Philippe Estrade, directeur scientifique de MyEndoApp et gynécologue obstétricien. "Au lieu de s'évacuer normalement, les cellules de l'endomètre s'échappent dans le péritoine, dans les trompes ou la vessie puis elles s'y développent avec le cycle hormonal". D'où l'apparition d'intenses douleurs au moment des règles ou des rapports sexuels, mais aussi de problèmes d'infertilité liés à "l'adhérence, à des kystes des ovaires ou à des contractions utérines qui empêchent la bonne implantation de l'embryon". Une maladie bénigne mais lourde de conséquences sociales. "Les douleurs peuvent être handicapantes sur le lieu de travail. Dans l'intimité, elles conduisent parfois à des séparations". D'autant plus que le diagnostic est très long : six à dix ans en moyenne. Une mauvaise prise en charge que Jean-Philippe Estrade explique par le tabou mais aussi par le manque de formation gynécologique dans la population médicale normale.

Raccourcir le délai de diagnostic

Alors pour accompagner ces patientes et les aider à poser des mots sur leur souffrance, il a eu l'idée, avec le docteur Charles Chapron, spécialiste international de cette maladie, de développer un outil visant à "digitaliser tout ce qui peut être fait dans l'endométriose". Pour rendre le projet concret, ils s'associent à Raymond Auphan, ingénieur, et Benjamin Richier, spécialiste de la communication en santé. L'application MyEndoApp est lancée le 15 juin 2019.

Dans un premier temps, elle propose à l'utilisatrice de répondre à une quinzaine de questions sur les douleurs ressenties, ses antécédents... L'algorithme calcule alors un score de risque d'endométriose, et dans 88 % des cas, le diagnostic est bon. Selon le niveau de risque mesuré, la patiente est dirigée vers des professionnels de santé : médecin généralise ou sage-femme pour un risque intermédiaire, gynécologue expert quand le risque est très élevé.

Si la santé est un domaine propice aux applications, MyEndoApp veut se distinguer par une vraie validité scientifique portée par ses fondateurs. Elle tient aussi à être indépendante vis-à-vis des laboratoires. Un parti pris qui a un coût, si bien que pour l'heure, l'application est payante. Malgré cela, elle a été téléchargée 15 000 fois depuis son lancement, en France et dans les pays anglophones, États-Unis en particulier. Un chiffre qui pourrait considérablement augmenter en ne faisant plus peser ce coût sur les patientes comme le prévoit la startup. "On pourrait imaginer un remboursement par la sécurité sociale". D'autant que l'outil a été retenu dans le cadre du projet MaSanté 2022 mené par le ministère de la santé. "Les mutuelles pourraient aussi l'offrir. Aux États-Unis, certaines entreprises seraient prêtes à payer car l'endométriose affecte la productivité des femmes pendant leur cycle".

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Uncloudde la santé de la femme

Un an après la mise à disposition de cette aide au diagnostic, MyEndoApp veut s'enrichir de nouvelles fonctionnalités. La seconde version comprendra un calendrier "hyper interactif" ainsi qu'un espace dans lequel l'utilisatrice pourra stocker ses données : IRM, scores de douleur et autres informations concernant sa prise de médicaments. "Ce sera très intuitif, les infos pourront être enregistrées à partir de photos". Tout est prêt d'un point de vue technologique. Reste à financer. Une levée de fonds est prévue dans les mois à venir.

A terme, l'idée est de bâtir un outil d'accompagnement complet. "On pourrait interagir avec une intelligence artificielle qui pourrait répondre aux questions des patientes en temps réel". L'éducation thérapeutique est aussi dans l'esprit des entrepreneurs. D'autant que dans le cas de l'endométriose, le yoga, l'hypnose ou encore l'ingestion de compléments alimentaires ont un impact considérable sur la qualité de vie. Des connaissances nouvelles qui mettent parfois du temps à traverser la planète pour arriver au cabinet du médecin de ville. L'idée de MyEndoApp est de les démocratiser, auprès des femmes concernées mais aussi des professionnels de santé qui auront à terme un logiciel dédié facilitant le suivi des patientes.

Avec les données collectées, la startup espère améliorer ses algorithmes mais aussi contribuer à la recherche et répondre aux questions encore en suspens sur l'endométriose. Pour briser le tabou, et contribuer à l'émancipation des femmes.

Maëva Gardet-Pizzo

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