Quand la rivière Lot descend du Massif central, elle parcourt le département du même nom et dessine des cingles, le nom donné aux méandres dans le Sud-Ouest. Mais dès que ses courbes s'aplanissent, c'est là qu'elle entre dans le Lot-et-Garonne. Et qu'elle salue, de loin, le rocher de Tournon d'Agenais. La petite bastide perchée, avec ses ruelles étroites et sa place d'arcades inscrites aux Plus beaux villages de France depuis l'été 2021, aurait tout pour séduire les âmes urbaines en quête de calme. Ne manquent qu'une salle de badminton, un cinéma art et essai et, surtout, des commerces. Il n'y en a qu'un dans la ville haute, une épicerie, tenue par l'association Tera. La devanture est sommaire, au rez-de-chaussée d'une bâtisse en pierre blanche. Mais pousser sa porte fait entrer le simple client dans une entreprise économique qui le dépasse.
A première vue, l'étalage est tout à fait conventionnel : des légumes d'hiver parmi lesquels salades, radis et betteraves bios cultivés en Lot-et-Garonne. Le genre de boutique en circuit court très "monde d'après". Elle a ouvert en juin. Les produits respirent la fraîcheur et leurs couleurs vives invitent le chaland à engager l'achat. A la caisse, il pourra s'acquitter des trésors du cru à l'aide de sa monnaie locale. C'est souvent très amusant de régler son panier avec les "abeilles" - la monnaie locale complémentaire du Lot-et-Garonne - comme on le fait avec les autres devises départementales en Charente, à Bordeaux ou au Pays basque par exemple. Mais dans l'Agenais, faire entrer de l'argent dans l'écosystème Tera, c'est s'engager dans un cycle de redistribution de la valeur très singulier. Leur totem : réunir des ressources pour créer une aide complémentaire de subsistance.