La deeptech Terratis, en phase de création à Montpellier, aura pour objet d’industrialiser la technique de l’insecte stérile afin de réduire la population de moustique tigre. Issue de la recherche et bénéficiaire de la bourse French Tech Lab, Terratis va d’abord créer une ligne de production pilote où seront élevés et stérilisés quelques centaines de milliers de moustiques-tigres, en préfiguration d’une unité plus importante à terme qui devrait produire 100 millions d’insectes par semaine.Toute solution qui permettrait de venir à bout du moustique tigre, désormais bien implanté partout sur la planète et qui peut être vecteur de virus comme ceux de la dengue, du chikungunya ou du Zika, sera la bienvenue. Les parades à l'irritant insecte (citronnelle et autre répulsifs cutanés pour les particuliers, démoustication chimique à grande échelle) n'étant pas satisfaisants, des recherches se poursuivent pour limiter sa prolifération.
C'est le cas de la technique de l'insecte stérile (TIS), méthode développée à La Réunion par l'Institut de recherche pour le développement (IRD). Clelia Oliva, chercheuse à l'IRD en entomologie médicale (discipline scientifique qui vise à étudier les insectes ayant un impact sur la santé de l'homme), a réalisé sa thèse sur cette technique. C'est elle qui, avec Allan Debelle, expert scientifique à l'INRAE, va créer la deeptech Terratis, issue du transfert de technologie par l'IRD.
Suite à une évaluation et à une proposition du Pôle Universitaire d'Innovation (PUI) porté par l'Université de Montpellier, Bpifrance vient d'accorder à Terratis la Bourse French Tech Lab, destinée à accompagner la transformation d'un projet de recherche en entreprise. Un financement qui soutiendra l'industrialisation de cette méthode.
Largage de moustiques mâles stérilisés
Comment fonctionne la technique de l'insecte stérile ? Clelia Oliva explique : « Il s'agit de diminuer la population de moustiques... en relâchant des moustiques. Les mâles moustiques ne piquant pas, il s'agit simplement de relâcher des mâles préalablement stérilisés afin qu'ils s'accouplent avec les femelles sauvages pour bloquer leur reproduction. Cette technique permet de diminuer progressivement les populations de moustiques tigres sur un territoire en jouant sur son cycle de reproduction. Elle est connue sur d'autres insectes, et sur le moustique tigre, elle a démarré en 2009 mais elle a été retardée par des années de latence pour consolider un cadre réglementaire et rechercher des financements. A l'île de La Réunion, la preuve de concept menée par l'IRD en 2022 a permis de réduire à 60% la fertilité à l'échelle d'un quartier. Mais l'efficacité de la technique a aussi déjà été prouvée sur plusieurs territoires, comme à Bologne en Italie où elle est également expérimentée ».