Des chercheurs toulousains révolutionnent la biologie végétale

Gael Cérez

Gael Cérez
Une petite révolution vient de s'opérer dans le domaine de la biologie végétale. Des chercheurs toulousains du Laboratoire de recherche en sciences végétales (LRSV), basé à Castanet-Tolosan, ont mis en évidence l'influence des MicroPep dans le développement des plantes. Un rôle méconnu jusqu'à présent. Les applications de cette découverte sur le marché sont gigantesques.
Pour rappel, les ARN (Acide RiboNucléique) sont des "photocopies de l'ADN" qui "servent d'intermédiaire entre l'ADN et la synthèse des protéines". Une classe à part d'ARN, appelés microARNs, permettent quant à eux de réguler la synthèse d'autres protéines. "Ce sont des sortes d'interrupteurs ou de variateurs qui régulent les gènes", traduit Jean-Philippe Combier, chercheur au LRSV (UPS-CNRS) en biologie végétale, rattaché à l'INSB, à l'origine de la découverte. "Les cellules contiennent l'ensemble du génome, mais n'en activent qu'une partie. Ce qui régule cette activation, ce sont en partie les microARNs", complète Guillaume Bécard, professeur à l'université de Toulouse et directeur de l'équipe de recherche "Symbiose Mycorhizienne et Signalisation Cellulaire" au LRSV.
Concentré sur ces recherches depuis 2011, Jean-Philippe Combier a découvert que les microARNs créaient des microprotéines : les MicroPep.
En traitant les plantes avec ces MicroPep, "il serait par exemple possible d'accélérer le développement des racines d'une plante pour améliorer son implantation ou, au contraire, d'inhiber ce développement, pour contrôler les mauvaises herbes", développe Jean-Philippe Combier.
Contrairement aux OGM, qui nécessitent l'apport d'un gène étranger pour modifier les caractéristiques de la plante, les MicroPep pourraient influer sur le développement du végétal par simple traitement à base d'eau contenant une faible dose de celles-ci.
Naturellement présentes dans les plantes, les MicroPep seraient complètement inoffensives sur le plan environnemental et leur influence limitée dans le temps.
Ainsi, ces MicroPep pourraient être utilisés au début d'une culture pour favoriser son développement.
Si on est encore aujourd'hui à la genèse d'une "nouvelle aventure biotechnologique", les scientifiques du LRSV imaginent déjà les futurs secteurs susceptibles de mettre en application leur découverte.
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Aujourd'hui, la fabrication de ces molécules coûte 30 euros le milligramme, mais les scientifiques estiment que ce prix baissera à l'avenir.
Au-delà du végétal, les MicroPep pourraient également avoir des perspectives en biologie humaine et animale. "Les microARNs existent chez l'humain, expose Guillaume Bécard, donc peut-être également les MicroPep, ce qui signifie qu'on pourrait imaginer de nouvelles pratiques thérapeutiques." Certains cancers, dus à des insuffisances liées aux microARNs, pourraient ainsi être traités. Autre rêve caressé par les chercheurs toulousains : la lutte contre le paludisme. "Avec les MicroPep, on pourrait réduire la croissance du parasite à l'origine de la maladie", imaginent-ils. Tout dépendra des fonds alloués aux futures recherches.
Gael Cérez