Pour Tariq Krim, le fondateur de Netvibes, "Google et Facebook ont rétréci internet"

Gael Cérez
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En introduction de votre présentation à Emtech France en décembre, vous avez développé une vision très pessimiste du monde numérique, pourquoi ?
Je suis dans une forme de mal-être technologique depuis quelques années. J'ai découvert l'informatique au tout début des années 80 avec cette idée que l'information "wants to be free" et que la technologie va nous aider à construire un monde plus juste. Pour rappel, nous étions à l'époque en pleine guerre froide, dans un monde menacé d'annihilation atomique. Le monde d'aujourd'hui est plus complexe. Il a perdu cette capacité à s'imaginer plus loin dans le futur du futur. Tout ce que font les Elon Musk etc., ce sont des choses que j'ai lu dans Isaac Azimov, Jules Verne, ou toute la littérature cyberpunk des années 70-80. Aujourd'hui, on a l'impression de vivre dans un roman de Bruce Sterling. Il n'y a pas d'échappatoire. On ne peut aller plus loin. On n'a pas de projection dans le futur.
Comment êtes-vous arrivé à cette prise de conscience ?
Au début du web et des startups, il s'agissait de rendre le monde meilleur, en redonnant du pouvoir aux gens grâce à la micro-informatique. On s'est battu contre une centralisation qui avait démarré avec l'arrivée de la comptabilité et des normes comptables. L'informatique personnelle et internet ont amené une myriade de choses. Mais désormais, il y a une reconcentration. Nous sommes revenus à une conformité technologique, très propre sur elle, peu disruptive parce qu'incapable de s'intéresser aux problématiques sociétales.
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Les Gafam, les Uber, etc. Tout cela n'est pas disruptif ?
Si, mais le vrai sujet est ailleurs. Ces technologies ont la capacité de changer le monde, mais la vraie question est : où arrête-t-on le curseur ? Soit on le fait pour la population qui en a les moyens, soit on va beaucoup plus loin et on l'ouvre au monde. C'est là que l'Asie, l'Inde et l'Afrique sont des endroits intéressants, car on y est confronté à une nouvelle classe moyenne. Ces gens auront des téléphones à 50 dollars avec internet gratuit et on construira un monde autour d'eux. L'Europe se retrouve dans une situation bizarre. Les États-Unis inventent de nouvelles doctrines, les amortissent chez nous et les installent en fin de compte en Inde et en Chine par exemple, pour les disrupter complètement.
Gael Cérez
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