Depuis deux ans, des chercheurs toulousains et québécois entourés de partenaires industriels majeurs (Airbus, Thales, Bombardier) travaillent ensemble dans le projet DEEL pour certifier des algorithmes d’intelligence artificielle. Une nécessité pour les utiliser un jour dans des systèmes critiques comme la voiture ou l’avion. Les premiers résultats de cette collaboration sont encourageants."Confondre un berger allemand avec un chien de traîneau, ce n'est pas bien grave, mais si un algorithme se trompe dans une décision aux manettes d'un avion, vous comprenez que cela peut être autrement plus dévastateur", lance l'ancienne ministre Geneviève Fioraso, aujourd'hui à la tête de l'IRT Saint-Exupéry.
L'institut de recherche technologique a lancé en 2018 un programme transatlantique (baptisé DEEL pour Dependable and Explainable Learning) entre Toulouse et le Québec pour parvenir à certifier les algorithmes utilisés par les outils d'intelligence artificielle. C'est la condition sine qua non pour convaincre les constructeurs d'intégrer l'IA dans les systèmes critiques d'un avion ou d'une voiture.
"Les outils de deep learning actuellement déployés dans les jeux vidéo fonctionnent comme une boîte noire. On obtient rapidement de bonnes performances mais sans savoir pourquoi. Ce n'est pas acceptable quand on a des vies humaines entre les mains. Il faut pouvoir expliquer pourquoi l'IA a pris telle décision. Par exemple, quels pixels d'une image ont permis au système de déduire qu'il s'agit d'un chat sur l'image", explique à La Tribune en 2019Grégory Flandin, directeur du programme et par ailleurs salarié d'Airbus.
Une nécessité pour détecter de mauvais raisonnements de la machine.
"Une étude récente a montré une IA capable à 99% de distinguer un chien d'un loup. Problème, l'outil regardait uniquement s'il y avait de la neige sur l'image", complétait Guillaume Gaudron, responsable de la stratégie autour de l'IA au sein de l'IRT.
80 chercheurs mobilisés
Depuis deux ans, le programme DEEL a mené une quarantaine d'expérimentations en mobilisant 80 chercheurs toulousains et québécois (issus de Ivado et du Criaq). Le projet a fait appel également à des partenaires industriels majeurs des deux côtés de l'Atlantique : Airbus, Thales, Safran, Continental, Renault et Scalian côté français ; Bell, CS et Bombardier côté québécois.
De premiers résultats sont nés de ces recherches. En premier lieu, un livre blanc a été publié en juin 2020 (Machine Learning in Certified Systems). Il a été réalisé par une vingtaine d'experts issus de l'IRT mais également de partenaires industriels de l'industrie du transport et de la mobilité qui s'interrogent sur la manière d'embarquer de l'IA dans les systèmes critiques.