Révolution numérique : les "barbares" vont-ils abattre les "empires" ?

Alexandre Léoty

Alexandre Léoty
Le numérique représente-t-il réellement une troisième révolution industrielle ? Quelles conséquences pourrait avoir ce boom du digital, qui impacte tous les pans de l'économie française, sur les acteurs historiques ? Et quelle place sera faite aux nouveaux entrants, dans un contexte réglementaire en pleine évolution ? Tels sont les thèmes qui ont été débattus le 20 janvier au Centre de congrès et d'exposition Diagora, à Labège, lors d'une conférence-débat organisée à l'occasion de la soirée de lancement de la nouvelle offre d'information numérique de La Tribune-Objectif News, parrainée par Axelle Lemaire, secrétaire d'État en charge du Numérique.
Pour Vincenzo Spiezia, senior economist à l'OCDE et auteur du rapport "Mesurer l'économie numérique", le digital est à la fois une source d'opportunités et un facteur de défis. "La France est classée en 4e position des pays de l'OCDE en termes d'accès au haut débit. En revanche, bien que la situation évolue, le pays est un peu à la traîne en matière d'accès au haut débit mobile. Globalement, le secteur des TIC représente 5 % de la valeur ajoutée produite en France. C'est dans la moyenne des autres pays. En revanche, le pays se classe en 5e position en nombre de designs déposés dans ce secteur, derrière les États-Unis, la Corée, l'Allemagne et le Japon.
Malgré ces constats plutôt encourageants, le pays souffre d'un véritable déficit de diffusion des TIC dans les secteurs plus "traditionnels" de l'économie.
L'ensemble des intervenants de la conférence-débat s'accorde néanmoins sur un point : la révolution numérique est en marche et elle impactera tous les pans de l'économie. "Tous les secteurs d'activité vont être bouleversés", estime Philippe Coste, directeur délégué de la French Tech Toulouse. Y compris les plus traditionnels, à l'image du secteur bancaire.
Une nouvelle tendance quelque peu "schizophrénique" à laquelle la banque doit s'adapter : "Nos clients nous demandent à la fois beaucoup d'autonomie pour les actions simples via le web et, selon les besoins, l'accès à un interlocuteur dédié détenteur d'une forte expertise, confie Philippe Chanez. Nous avons par conséquent organisé notre organisation autour du parcours client". Maillage physique rationalisé, déploiement de la visioconférence, généralisation de la signature électronique... : la Banque Populaire Occitane a consenti d'importants investissements, y compris en termes de formation (1,3 M€ en 2014).
La question de l'emploi est au cœur des débats. Si, pour Philippe Chanez, "il n'y a pas de concurrence dans la banque entre le digital et l'emploi", l'impact de la révolution numérique pourrait être ressenti en deux temps. "Dans un premier temps, il y aura des destructions d'emplois, estime Vincenzo Spiezia. Mais d'autres seront ensuite créés, dans de nouvelles activités. Nous sommes actuellement dans une période de transition, qui pourrait durer plusieurs dizaines d'années".
Ce passage entre deux mondes est symbolisé par l'entrée en jeu de nouveaux acteurs, qui viennent casser les codes, à l'image d'Uber, représenté lors de la conférence-débat par Alexandre Molla, directeur général expansion France. Pour lui, le phénomène "d'uberisation" de l'économie, comme l'a décrit Maurice Levy, PDG de Publicis, "préfigure des évolutions en matière de consommation".
C'est justement la mission de Carole Maurage, directrice du Laboratoire des Usages à La Mêlée : "Nous misons sur l'innovation ouverte, en partant des besoins des utilisateurs et en faisant émerger des projets de façon expérimentale, sur un mode collaboratif".
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Philippe Coste confirme : "On peut désormais s'autoriser à entreprendre de façon simple, en partant d'un usage, ce qui permet de découvrir plus rapidement et plus massivement des opportunités entrepreneuriales". Pour le directeur délégué de la French Tech Toulouse, le phénomène est général.
Alexandre Molla ne dit pas autre chose : "Justement, nous ne voulons pas être des 'barbares'. Nous voulons nous assagir, en bonne intelligence avec les acteurs existants. C'est de notre responsabilité, à nous les 'disrupteurs' (nouveaux acteurs qui arrivent sur le marché avec une proposition de valeur inédite, NDLR), d'être force de proposition, afin de ne pas nous voir opposer de fin de non recevoir".
La mutation est en cours. "Et c'est une bonne nouvelle, estime Philippe Coste. Il y a une révolution, et pour tous, le défi sera d'être au centre". Carole Maurage approuve : "Des partenariats peuvent être noués entre l'ensemble des acteurs. Les frontières s'ouvrent, les silos se brisent. Et l'État aura son rôle à jouer". Un accompagnement qu'Alexandre Molla appelle également de ses vœux : "L'État doit assurer le maintien du dialogue entre les acteurs existants et les nouveaux entrants afin que la transition se fasse avec un maximum de bénéfice pour tous".
La soirée a par ailleurs été l'occasion de présenter en détails la nouvelle offre d'information numérique lancée en Midi-Pyrénées par La Tribune-Objectif News, fusionnant les savoir-faire éditoriaux des équipes nationales et internationales de La Tribune et de la rédaction d'Objectif News, à Toulouse. Un pari revendiqué comme tel par Jean-Christophe Tortora, président de La Tribune.
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Composée d'un nouveau site internet, d'une newsletter entièrement repensée et d'une Édition quotidienne numérique, la nouvelle offre d'information La Tribune-Objectif News est disponible dès le 21 janvier.
Alexandre Léoty