L'or noir canadien n'est plus un mirage

Jamais le pétrole canadien n'aura fait couler autant d'encre. Alors que les cours du brut explosent et qu'ils flirtent désormais avec les 70 dollars le baril, tous les yeux sont braqués sur les réserves de sables bitumineux de l'Alberta (Ouest canadien). Jusqu'ici les coûts pharamineux de leur exploitation avaient réfréné les ardeurs des pétroliers, mais l'envol des prix du pétrole a changé la donne. Pour pomper ces bitumes plus épais et plus visqueux à l'état naturel que le pétrole classique, il faut recourir à une technique utilisant la vapeur d'eau qui réchauffe et fluidifie les huiles extra-lourdes avant de les extraire. Longtemps jugée trop coûteuse tant au plan environnemental que financier - pour extraire un baril, il faut débourser près de 25 dollars et dépenser près de 20 % de l'énergie extraite -, leur exploitation était restée relativement confidentielle. Aujourd'hui, devenue rentable, elle suscite l'intérêt grandissant des compagnies pétrolières qui, poussées par la flambée des prix du pétrole, s'apprêtent à relever les défis techniques et économiques qu'elle représente. Les multinationales n'hésitent plus à investir dans la région de l'Athabasca (nord de l'Alberta), qui abrite la plus grande réserve mondiale de sable bitumineux. Au mois d'août, Total comme l'américain Kinder Morgan - spécialisé dans l'exploitation de pipelines - se sont ainsi respectivement portés acquéreurs de Deer Creek Energy pour 1,11 milliard de dollars et de Terasen pour environ 5,6 milliards de dollars. Des investissements qui pourraient leur rapporter gros puisque le sous-sol canadien recèlerait pas moins de 300 milliards de barils de brut : l'un des plus importants gisements d'hydrocarbures du monde (deuxième derrière le Venezuela, il surpasse les réserves de l'Arabie Saoudite). Le ministère des Ressources naturelles du Canada estime d'ailleurs que, si tout le bitume des sables pétrolifères du Canada était extrait, la demande mondiale de pétrole pourrait être comblée pour les cent prochaines années. Technologies propres. La manne financière que cela représente devrait pousser les pétrolières à davantage se pencher sur le développement de technologies propres de récupération du pétrole lourd afin non seulement d'augmenter le rendement, mais également de réduire l'impact de l'extraction sur l'environnement. Les environnementalistes canadiens, protocole de Kyoto en main, promettent de ne pas fermer les yeux sur l'utilisation massive d'eau actuellement nécessaire à l'extraction ou sur les dépenses énergétiques pharaoniques qu'elle engendre. Il n'en demeure pas moins que, grâce à l'exploitation poussée des sables bitumineux, le Canada, qui affiche déjà une santé économique époustouflante, va continuer de faire partie du clan fermé des pays exportateurs nets de pétrole. Marie Gueydan, à Québec

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