Les Rencontres d'Arles présentent leur quarantième édition d...
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Arles, à la fin des années 1960. De retour des États-Unis, le photographe Lucien Clergue, natif de la cité camarguaise, a une idée folle : créer un festival qui permette à ses confrères de se retrouver, d'exposer, d'échanger, de découvrir l'?uvre de leurs collègues étrangers. Et de se perfectionner à travers des stages. Une idée folle. Car rares sont à l'époque ceux qui considèrent la photographie comme un art. Plus rares encore sont ceux qui l'achètent, même si les images s'échangent alors pour une bouchée de pain. Qu'importe !Soutenu par l'écrivain Michel Tournier, secondé par une poignée d'amoureux du médium, Clergue a tenté son pari et lancé la première édition des Rencontres internationales de la photographie (RIP) d'Arles à l'été 1970. Trente-neuf ans après, la photo attire les foules dans les musées, ses prix ont explosé, une multitude de festivals a vu le jour, Clergue est devenu immortel. Et les RIP ont su s'imposer comme le rendez-vous annuel incontournable de la photographie, attirant jusqu'à 60.000 visiteurs l'an passé.Alors, autant fêter cette quarantième édition comme il se doit. D'autant que François Hébel, le directeur des Rencontres, a eu la bonne idée de remonter le temps tout en gardant le regard vissé sur l'avenir. Anniversaire oblige, on a invité tous les membres de la famille. À commencer par Willy Ronis, le doyen des photographes (99 ans), dont Arles propose une rétrospective riche de 80 photos. Autre personnalité incontournable dont le travail a marqué l'histoire du médium : l'éditeur, commissaire d'exposition et producteur Robert Delpire. Passeur à nul autre pareil, il a été le premier à révéler l'?uvre de Robert Frank en éditant son livre « les Américains » en 1958. Il a également initié le grand public à la photo dans les années 1980, lorsqu'il dirigeait le Palais de Tokyo, alors Centre national de la photographie. Un parcours exceptionnel raconté à travers près de 700 photos et documents.DécouverteFrançois Hébel a également demandé à 15 anciens directeurs artistiques du festival de présenter le photographe de leur choix pour le prix Découverte des Rencontres. Ce qui a amené Martin Parr (qui expose par ailleurs « Luxury », l'une de ses dernières séries sur les signes extérieurs de richesse) à nous révéler le travail du Lituanien Rimaldas Viksraitis. Lui, signe la chronique de son village à travers des photos dont la forme classique contraste avec le monde déjanté qu'elles donnent à voir.Enfin, il fallait à la fête une invitée d'honneur. Ce sera Nan Goldin. Car c'est en 1987, aux Rencontres déjà concoctées par Hébel, qu'elle a été révélée au public européen. Elle y avait présenté « The Ballad of Sexual Dependency », un diaporama mêlant le son et l'image, à mi-chemin entre le journal intime visuel et le roman-photo, dans lequel elle raconte ses amours, ses amis et ses emmerdes au sein du New York underground des années 1980.Femmes rebellesNan Goldin a toujours puisé dans ce qu'elle a de plus intime pour en faire quelque chose d'universel. À l'image de « S?urs, saintes et sibylles », dévoilé à Paris dans le cadre du Festival d'automne en 2004, représenté ici. Une ?uvre magistrale et bouleversante, dans laquelle elle rendait hommage aux femmes rebelles en général et à sa s?ur en particulier. Adolescente, cette dernière avait été internée par ses parents, qui la jugeaient trop anticonformiste pour leur milieu. Elle avait fini par se jeter sous un train.En plus de ces deux ?uvres, Nan Goldin présentera également en Arles sa propre collection de photos regroupant des tirages de Weegee ou de Diane Arbus. Elle a aussi invité de jeunes photographes dont le travail la touche particulièrement comme Antoine D'Agata ou Jean-Christophe Bourcart.Au fond, c'est cet aller et retour permanent entre passé et présent qui rend ces quarantièmes Rencontres si prometteuses. Cette possibilité de passer des photos humanistes de Willy Ronis au travail plasticien de Roni Horn, avant de se plonger dans ces insupportables photos de lynchages aux États-Unis pour mesurer le chemin parcouru jusqu'à l'élection de Barack Obama. Happy birthday !
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