Test « réussi » pour les banques américaines

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Pour l'heure, les autorités américaines semblent avoir gagné leur pari. Le « test de résistance » du système financier des États-Unis a rassuré Wall Street, vendredi, suscitant une euphorie dont les banques ont tenu à profiter sur-le-champ. Après que la Réserve fédérale a évalué à 74,6 milliards de dollars les besoins combinés en capital ordinaire de 10 des 19 établissements qu'elle a examinés, les valeurs bancaires se sont envolées, et des opérations de marché inimaginables voilà peu ont été organisées : Morgan Stanley et Wells Fargo ont réalisé des augmentations de capital portant respectivement sur 8,6 et 8 milliards de dollars. Le premier en a profité pour lever 7 milliards de dollars sur le marché obligataire sans garantie fédérale, accompagnant Bank of America dont l'émission a porté sur 3 milliards.Mené pendant quarante-cinq jours, le test visait à évaluer la solidité des 19 plus grands établissements financiers du pays en cas de dégradation plus brutale de la conjoncture. Ces établissements sont jugés solvables, mais l'ensemble de leurs pertes (sur crédits, portefeuilles de titres, exposition aux contreparties, etc.) pourrait s'inscrire à 600 milliards de dollars en 2009 et 2010, a prévenu la Fed. Pour parvenir à cette conclusion, la banque centrale a retenu un scénario dans lequel l'économie américaine se contracterait, au pire, de 3,3 % en 2009 avant de se ressaisir de 0,5 % en 2010.Goldman Sachs, JP Morgan Chase et MetLife figurent parmi les neuf reçus à l'examen, la Fed les ayant jugés suffisamment capitalisés pour affronter une récession plus sévère. Quant aux dix recalés, ils ont jusqu'au 8 juin pour déterminer comment ils comptent restaurer leurs fonds propres, que ce soit en faisant appel au marché, en convertissant en actions ordinaires des titres préférentiels du gouvernement obtenus dans le cadre du plan de stabilisation financière (Tarp) ou en cédant des actifs. La Fed a exigé des capitaux préventifs de la part de Bank of America (33,9 milliards de dollars), Wells Fargo (13,7 milliards), GMAC (11,5 milliards, dont 7,5 milliards pourraient venir du gouvernement dès cette semaine, selon le « Washington Post »), Citigroup (5,5 milliards qu'il espère obtenir en convertissant des actions de préférence souscrites par le Trésor en actions ordinaires), Morgan Stanley (1,8 milliard). Mêmes exigences de la Fed pour les banques régionales Regions Financial, Sun Trust, KeyCorp, Fifth Third et PNC (de 600 millions à 2,5 milliards de dollars). Le gouvernement fédéral accorde six mois à ces établissements pour agir, faute de quoi, ils devront accepter son renforcement dans leur capital.regain de scepticismeLes résultats du test et sa méthodologie suscitent toutefois un vif débat parmi les opérateurs. Des analystes avaient estimé que la Fed exigerait des banques qu'elles réunissent collectivement 150 milliards de dollars de capitaux, et certains opérateurs s'avouent soulagés. « Aucune de ces banques ne devrait éprouver de difficultés à atteindre les objectifs assignés », estime Brian Bethune, chef économiste du cabinet IHS Global Insight, tandis que, chez UBS, son confrère Maury Harris applaudit la « transparence, le réalisme et la crédibilit頻 du test. Mais, après une chute de 6,1 % du produit intérieur brut américain au premier trimestre en rythme annuel, le Nobel d'économie Joseph Stiglitz résume le sentiment des sceptiques en regrettant que « le test n'ait pas été si stressant que ça » pour les banques. La suspicion de son camp a été renforcée après la clôture du marché vendredi, lorsque l'édition en ligne du « Wall Street Journal » a indiqué que, pendant deux semaines, les banques auraient fait pression sur la Fed pour qu'elle révise favorablement sa copie afin de ne pas alarmer les marchés. Les besoins en fonds propres de Citigroup auraient ainsi été ramenés de 35 milliards à 5,5 milliards de dollars?Alors que le Tarp ou « plan Paulson » reste doté de 110 des 700 milliards de dollars débloqués par le Congrès en octobre pour sauver les banques américaines, le Trésor assure disposer des ressources suffisantes « pour faire face aux besoins de capitaux révélés » par le test. Dans son projet de budget 2010, la Maison-Blanche a toutefois prévu une « réserve » de 250 milliards de dollars au cas où elle doive à nouveau secourir les banques. Éric Chalmet, à New York

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