Le système financier au bord de l'effondrement

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La partie n'est certes pas gagnée mais, en ce début d'année, on peut au moins dire que le pire a été évité. Sans l'action énergique et décisive des banques centrales et des gouvernements, le système financier se serait en effet littéralement effondré. Ce qui était jusqu'en septembre une crise liée à l'accumulation dans les bilans des banques de produits complexes liés aux subprimes américains (prêts immobiliers à risque) s'est transformé, avec la chute de Lehman Brothers, en crise de confiance généralisée. Plus aucune institution ne pouvant être considérée comme « too big to fail », la défiance s'est répandue comme la peste et la crise est entrée dans sa phase la plus aiguë.Chacun étant devenu ultrasensible au risque de contrepartie, des composantes clés du système financier mondial se sont alors trouvées totalement paralysées. Les primes de risque et la volatilité ont atteint des records, les cours des actions ont subi des baisses historiques. De fait, l'ensemble des institutions financières ont en même temps vu fondre leurs fonds propres (les pertes comptables se sont accumulées avec la comptabilisation aux prix de marché) et se restreindre leur accès au financement.Sur le marché monétaire en particulier, les banques (la brique de base du système financier) ont cessé de se prêter des fonds entre elles, d'abord sur les maturités les plus longues (à 3 ou 6 mois) puis sur les échéances les plus courtes. Symptôme de ces dysfonctionnements et de la stratégie de rétention de liquidité des banques : l'écart entre les taux directeurs et les taux de référence du marché monétaire s'est creusé jusqu'à atteindre des niveaux record. En zone euro, au plus haut, l'Euribor à 3 mois a ainsi atteint 5,39 % le 8 octobre, 164 points de base (1 point de base = 0,01 %) au-dessus du principal taux directeur de la Banque centrale européenne, alors que, avant le début de la crise, cet écart évoluait en général entre 15 et 35 points de base. Les turbulences sur le marché monétaire en dollar ont été encore plus fortes. Au dernier trimestre, la demande mondiale de liquidité en dollars a explosé, obligeant les banques centrales à passer la vitesse supérieure en termes d'injections de liquidité.problème de confianceAprès avoir, dès août 2007, augmenté les volumes mis à la disposition du système financier, les instituts monétaires ont, en décembre 2007 et en mars 2008, mené des actions concertées d'injection de liquidité. En vain ! À partir de septembre 2008, elles se sont véritablement substituées au marché interbancaire. La Réserve fédérale a en particulier élargi au maximum la gamme des titres éligibles à ses opérations de refinancement. Le 18 septembre, pour faire face à la pénurie mondiale de dollars, les principales banques centrales de la planète ont signé des accords d'échanges (swaps) de devises, nouveaux ou sensiblement élargis, pour 180 milliards de dollars. Mais la fourniture massive de liquidités ne résolvant en rien le problème de confiance, les pouvoirs publics des pays développés ont presque tous fini par annoncer des plans de grande ampleur pour stabiliser le secteur bancaire. Les mesures prises et le sauvetage effectif de plusieurs acteurs ont visiblement rassuré et les conditions de financement sur les marchés semblent à peu près stabilisées. Néanmoins, nul ne peut dire si, par leur action, les instituts monétaires et les gouvernements réussiront à relancer l'intermédiation financière.

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