Le secteur bancaire mis à mal
La Tribune
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L'année 2008 restera marquée par une vague sans précédent de recapitalisations bancaires. Un phénomène qui s'explique par un singulier enchaînement de circonstances. À partir de la mi-2007, la défiance du marché pour les produits structurés de crédit liés à l'immobilier américain oblige les banques à déprécier ces actifs puis, par contagion, tous les instruments de dette, ce qui pèse sur leurs fonds propres. Les règles prudentielles les poussent alors à céder des actifs pour restaurer leur capital, précipitant la baisse des marchés et aggravant les pertes, dont le total atteint 546 milliards d'euros, selon Bloomberg. Très exposées aux actifs « toxiques », Citigroup, Merrill Lynch, Morgan Stanley et UBS cèdent, dès la fin 2007, des participations à des investisseurs privés et à des fonds souverains chinois, singapouriens ou encore du Golfe pour renforcer leurs fonds propres.« maillons faibles » ciblésEn parallèle, la montée de l'aversion pour le risque assèche la liquidité du système financier. La faillite de la banque d'affaires américaine Lehman Brothers, le 15 septembre 2008, déclenche une vague de défiance sans précédent?: à la recherche du prochain « maillon faible », les marchés attaquent les établissements fragiles, faisant bientôt chuter HBOS, le premier bailleur immobilier britannique, adossé à son compatriote Lloyds TSB sous la férule de la Banque d'Angleterre. Fin septembre, face au tarissement des financements privés, le belge Fortis et le franco-belge Dexia sont recapitalisés par leurs actionnaires, États belge et français en tête. L'histoire s'accélère le 8 octobre, lorsque l'État britannique décide de nationaliser partiellement Lloyds TSB, HBOS et RBS pour assurer leur solvabilité en relevant leur ratio de fonds propres au-dessus de 11 %, contre un plancher réglementaire fixé à 8 %. Un coup de Trafalgar qui déclenche une véritable course à la solvabilité, alors même que les ratios ne sont guère comparables d'un établissement à l'autre. Les États-Unis débloquent alors 250 milliards de dollars pour recapitaliser leurs banques, dont 175 milliards ont déjà été affectés. En France, les banques, soucieuses d'affirmer leur solidité, se refusent à céder des participations à l'État, mais acceptent qu'il leur injecte 10,5 milliards d'euros de capitaux « hybrides ». L'opération présente l'intérêt de relever leur ratio de fonds propres de 0,5 point chacune, tout en préservant leur indépendance, au contraire des banques nationalisées. Et pour un coût raisonnable, puisqu'elles paieront un coupon d'environ 9 %, très inférieur aux 14 % consentis en novembre par Barclays pour lever des capitaux privés. Les banques françaises, qui pourraient bientôt bénéficier d'une nouvelle injection du même montant, semblent donc en bonne posture pour aborder 2009, sauf mauvaises surprises lors de l'arrêté des comptes 2008.BENJAMIN JULLIEN
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