Jacob Zuma, futur président sud-africain déjà controversé

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Des pâturages à la présidence. Les élections générales qui se tiennent demain en Afrique du Sud devraient porter à la présidence de la première économie du continent le patron du Congrès national africain (ANC), Jacob Zuma. Fort d'une légitimité tirée de la lutte contre l'apartheid, l'ANC est crédité de 60 % à 65 % des intentions de vote pour le renouvellement de l'Assemblée nationale et des parlements provinciaux. Jacob Zuma, 67 ans, est donc assuré d'être désigné à la présidence du pays par les futurs députés. Un parcours exceptionnel pour ce Zoulou autodidacte qui, enfant, gardait les chèvres de son grand-père au lieu d'aller à l'école.Si l'issue du scrutin ne fait guère de doute, la personnalité du prochain président soulève en revanche de nombreuses questions sur l'avenir de la nation arc-en-ciel. Quinze ans après les élections ayant mis fin à l'apartheid, Jacob Zuma continue d'entonner des chants de lutte contre l'apartheid, dont le fameux « Umshini Wami » (Apporte-moi ma mitraillette), lors des rassemblements de l'ANC. Résultat : le chef de l'ANC est abhorré des Blancs qui lui accordent une note de 1,9 sur dix, alors que les Noirs lui donnent 7,7 (selon un sondage Ipsos).Conscient des inquiétudes qu'il suscite, Jacob Zuma s'est efforcé de donner des gages à la communauté blanche. « L'Afrique du Sud appartient à tous, Noirs et Blancs », a-t-il lancé lors de son dernier discours prononcé aux côtés de Nelson Mandela. Depuis que l'ANC est arrivé au pouvoir à l'issue des premières élections démocratiques de cet État, plus de 800.000 Blancs ont quitté le pays. Les 4,5 millions de Blancs restés en Afrique du Sud représentent encore 9 % de la population.La façon dont Jacob Zuma a été lavé de huit années d'enquête pour faits de corruption a profondément choqué les Sud-Africains. Le 6 avril, le procureur général Mokotedi Mpshe a annoncé que le parquet avait décidé d'abandonner les poursuites contre Jacob Zuma, après que son avocat lui eut présenté des écoutes téléphoniques établissant que le juge d'instruction conspirait avec l'entourage de l'ancien président Thabo Mbeki pour ruiner la carrière de Jacob Zuma, son principal rival au sein de l'ANC. Une décision très commentée qui suscite bien des inquiétudes sur l'indépendance de la justice en Afrique du Sud.Jacob Zuma, qui considère que les juges de la Cour constitutionnelle « ne sont pas des dieux », s'est toutefois engagé à ne pas modifier la Constitution, même si l'ANC disposait de la majorité des deux tiers à l'Assemblée. Les faits pour lesquels Jacob Zuma était poursuivi sont loin d'être anodins. Il était accusé d'avoir reçu 596.000 dollars, entre 1995 et 2005, de son ami et ancien conseiller financier Schabir Shaik, en contrepartie de quoi il l'aurait aidé à obtenir des contrats publics pour ses entreprises.arrogance, népotisme...Après quinze ans de pouvoir sans partage, l'ANC a succombé à la plupart des travers des partis uniques : arrogance, népotisme, corruption, intimidation. Pour autant, à son actif, l'ANC a quelques beaux succès, en tout premier lieu d'avoir réussi à sortir le pays de l'apartheid sans effusion de sang. L'ANC a en outre réussi à mettre en place un embryon de protection sociale unique en Afrique qui permet à 12,5 millions de Sud-Africains de bénéficier de prestations sociales, contre tout juste 3 millions en 1996. Il a également construit 2,7 millions de maisons à bas coût pour 10 millions de personnes. Et 80 % des ménages sont désormais connectés à l'électricité et à l'eau courante, contre 30 % en 1996. n

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