« Les Français sanctionneront ceux qui ne proposent rien sur l'Europe »

 |   |  1357  mots
Aux dernières européennes, l'UMP avait réuni 16,6 % des voix. Quel est votre objectif pour le 7 juin ?Xavier Bertrand. Ce qui est important pour le Mouvement populaire, c'est d'avoir le plus de députés européens possible. Des députés qui auront la même énergie que Nicolas Sarkozy pendant la présidence française de l'Union européenne et la même volonté de construire une Europe politique. C'est aussi pour cela que nous voulons des députés européens qui s'engagent différemment au Parlement européen.C'est-à-dire ?La présidence française de l'Union européenne n'était pas une parenthèse. Je l'ai dit à nos députés européens sortants : avec la crise et après la présidence française, on est plus exigeant encore vis-à-vis de l'Europe et on sera encore plus exigeant vis-à-vis des députés européens. On leur demandera de bousculer les torpeurs et les lenteurs de Bruxelles et de ses procédures. Juste un exemple : si Nicolas Sarkozy avait suivi toutes les procédures, il n'aurait pas eu le droit de réunir l'Eurogroupe, car cela devait se faire au niveau des ministres de l'Économie et des Finances. Heureusement, il n'a pas hésité.Redoutez-vous un vote sanction contre Nicolas Sarkozy ? C'est le socialiste Jean-Christophe Cambadélis qui parle lui-même de « dix-huit » listes d'opposition au chef de l'État, sur les dix-neuf listes européennes?Si leur seul projet, si leur seul moteur, c'est de s'opposer au président de la République, cela montre bien qu'ils n'ont rien à dire sur l'Europe. C'est dommage. Je pense que les Français n'hésiteront pas à sanctionner ceux qui n'ont rien à proposer sur l'Europe. Les socialistes se sont lourdement trompés depuis le début de cette campagne. Au début, ils voulaient voter contre Barroso, ensuite ils étaient animés par l'antisarkozysme primaire et puis ils ont voulu parler de l'action nationale, mais ils n'ont jamais parlé d'Europe. Il est vrai aussi qu'ils n'ont jamais réussi chez eux à dépasser la fracture ouverte par le référendum de 2005, et cela se ressent encore.Le principal risque, selon les sondages, demeure l'abstention. Comment mobiliser l'électorat dans un délai aussi court ?L'abstention n'est pas une fatalité non plus, mais il est évident que les Français ne se trompent jamais d'élection. Si on leur parle d'Europe, si on sait se mobiliser pour une Europe plus proche, qui protège et qui ose davantage, il y aura moins d'abstention. Ce qui veut dire également qu'il faut que les messages soient complètement tournés vers l'Europe. Or, aujourd'hui, à part l'UMP, à part peut-être Daniel Cohn-Bendit et les Verts, je ne vois personne qui parle d'Europe.Nicolas Sarkozy a réaffirmé son opposition à l'entrée de la Turquie dans l'Union. Pourquoi le faire dans cette campagne ?C'est une question qui nous est souvent posée dans cette campagne et c'est une question qui touche non seulement aux frontières de l'Europe, mais surtout à son identité. C'est aussi une critique très nette portée contre un élargissement de l'Europe, qui a semblé être un élargissement sans limites et sans approfondissement. L'Europe n'a pas vocation à avoir une frontière commune avec l'Iran et l'Irak parce qu'elle aurait intégré la Turquie. La Turquie est un grand pays avec lequel nous voulons avoir des relations de partenaire privilégié, mais l'adhésion, jamais. Sur ce sujet nous sommes les seuls à être aussi clairs. Les réponses de Martine Aubry tout comme celles des autres partis ne sont pas claires sur cette question.À quels projets destinez-vous le grand emprunt communautaire dont vous souhaitez la création ?C'est une proposition que l'on fait si l'on décide de passer à la vitesse supérieure en matière de politique d'infrastructures européennes. L'idée est la suivante : aujourd'hui, on sait pertinemment qu'il faut avant tout avoir des politiques concertées. Une politique commune, c'est forcément l'étape supplémentaire. Mais nous disons non, clairement non, à un impôt européen, alors que les socialistes ne sont pas clairs sur cette question. Nous préférons poser la question d'un emprunt européen.Dans votre programme, vous faites effectivement part de votre opposition claire à tout prélèvement fiscal supplémentaire. Est-ce tenable alors que les déficits publics explosent ? Ce débat existe dans la majorité, on l'a vu avec les propositions de Pierre Méhaignerie ou de Gilles Carrez?Il y a quelques personnes, quelques voix seulement? Mais ce creusement du déficit, on le sait bien, est lié à la crise, et cet effet de la conjoncture se retrouve dans la plupart des pays européens. Bien évidemment, la sortie de crise va permettre de dégonfler à la fois les déficits et la dette et nous savons pertinemment qu'ensuite nous devrons poursuivre la lutte contre les dépenses publiques inutiles. Et ce serait un contresens terrible que d'augmenter les impôts et la fiscalité à un moment où, on le sait bien, il vaut mieux avoir davantage d'argent dans l'économie. Parce que l'argent dans l'économie finira par profiter à l'État, avec des recettes de TVA et d'impôt sur les sociétés. En revanche, l'argent qui va directement dans les caisses de l'État ne profite pas directement à l'économie. C'est une règle simple qu'il faut non seulement rappeler mais mettre en pratique. D'autre part, nous savons aussi pertinemment que le modèle social français doit être conservé et modernisé. Ce modèle repose sur l'équilibre entre la création et le partage des richesses, sans oublier que pour partager les richesses, il faut déjà en avoir créées ! Il faut donc arrêter de pénaliser le travail comme on l'a fait par le passé. De plus, nous n'avons pas été élus, comme l'a dit Nicolas Sarkozy, pour augmenter les impôts ! Ce contresens priverait la France de toute chance de sortir de la crise en premier et même d'en sortir aux premières places.Et donc vous excluez totalement ce que propose Pierre Méhaignerie, le relèvement du taux marginal de l'impôt à 45 % pour les revenus supérieurs à 200.000 euros ? Une proposition qui séduit le socialiste François Hollande?De nombreuses personnes m'ont écrit, lorsque ces propositions ont été faites, en soulignant que les augmentations d'impôts ne sont jamais temporaires et ne concernent jamais une petite frange de la population. Une augmentation d'impôt reste toujours durable et a toujours vocation à s'étendre aux classes moyennes. Voilà pourquoi il n'est pas question de remettre le doigt dans cet engrenage. Et les mêmes qui veulent augmenter les impôts vous diront qu'il faut relancer par la consommation ! M. Hollande n'est pas à une contradiction près ! De plus, on voit bien qu'un des enjeux de la sortie de crise sera de savoir attirer davantage les capitaux, les investisseurs. Or, un pays qui déciderait d'augmenter à nouveau les impôts continuerait à faire fuir les capitaux, donc ce n'est pas un modèle économique de réussite pour la France.Conserver en Europe un outil industriel performant, c'est apparemment l'une de vos priorités. Comment comptez-vous y parvenir ?On a souvent dit qu'on ne voulait pas d'une France sans usines et sans entrepreneurs ; on ne veut pas non plus d'une Europe sans usines et sans entrepreneurs. Cela veut dire conforter nos filières industrielles, et je pense notamment à l'automobile. Le plan automobile conçu par la France n'était pas un outil franco-français mais qui va bien profiter à toute l'Europe. Cela veut dire également valoriser l'innovation et la recherche pour permettre la création de nouvelles entreprises, et permettre au tissu de PME-PMI de grandir, de pouvoir davantage exporter. Le modèle de croissance qu'on doit mettre en place pour l'après-crise est basé sur l'innovation, la recherche, l'intelligence. Ceux qui pensent qu'on pourrait garder uniquement des centres de recherche en oubliant le secteur secondaire se trompent. Une filière, c'est le grand groupe, la PME-PMI et la petite entreprise.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :