« Le déficit cumulé atteindra 18 milliards d'euros fin 2013 »

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Lors de la tenue aujourd'hui du conseil d'administration et du bureau de l'Unedic, un point sera fait sur la situation financière du régime d'assurance chômage. Est-ce catastrophique ?Pour l'heure, la situation financière actuelle du régime n'est pas si mauvaise. Les recettes (les cotisations) tiennent encore bon face aux dépenses (les allocations). Le véritable enjeu est devant nous. Les récessions précédentes ont montré qu'il y a toujours un effet retard. Les chômeurs entrent quelques mois plus tard dans l'indemnisation et sont indemnisés au maximum 24 mois. Cela aura donc un impact en 2010 ainsi que les années suivantes.Quelles sont les projections ?D'un point de vue financier, on est passé d'un excédent de 4,5 milliards d'euros en 2008 à un déficit prévu de 1,3 milliard en 2009 et de 4,6 milliards en 2010. C'est dû à l'effet retard que j'évoquais précédemment. Et le déficit du régime continue de se creuser. Avec une hypothèse de croissance de 2 % en 2011 et 2012 et avec les mêmes paramètres d'assurance chômage, le déficit cumulé à fin 2013 pourrait atteindre 18 milliards d'euros.Vous serez donc contraint d'emprunter à nouveau ?Oui, c'est ce que nous allons proposer ce matin au conseil d'administration de l'Unedic. Nous avons un emprunt de 2 milliards d'euros qui arrive à échéance en février 2010. Il nous faut donc restructurer notre dette. La période est favorable : il y a beaucoup d'appétence des marchés pour les acteurs institutionnels et les taux ont baissé. Nous allons donc avoir une capacité d'emprunt suffisante sur les marchés financiers français et internationaux pour couvrir le déficit maximum cumulé, prévu fin 2013.Dans ce contexte dégradé, allez-vous décider aujourd'hui de revaloriser les allocations chômage, comme le Smic le sera au 1er juillet de 1,3 % ?Nous sommes dans un contexte très particulier où l'inflation à la fin mai était à ? 0,3 %, ce qui n'est pas arrivé depuis vingt ans. Cela devrait plaider pour la prudence. La décision d'augmenter ou non les allocations sera prise ce matin à la majorité des membres du conseil d?administration.Six mois après, quel est votre diagnostic sur la fusion ANPE-Assedic qui a donné naissance à Pôle emploi que vous contribuez à financer à hauteur de 10 % des cotisations ?Le Medef avait soutenu cette fusion, mais en mettant en garde sur certains risques et en insistant pour que l'on conserve le meilleur des deux organismes, comme la culture décentralisée des Assedic. La fusion se fait dans la douleur, comme dans beaucoup d'entreprises avec un choc des cultures. De plus, elle est arrivée au mauvais moment en termes conjoncturels. Cette fusion difficile, ce n'est pas un problème d'homme, mais de gouvernance. La difficile cohabitation entre les partenaires sociaux et la culture étatique fait que Pôle emploi n'a pas encore trouvé son point d'équilibre.Le chef de l'État propose une extension du contrat de transition professionnelle (CTP) à l'ensemble des licenciés économiques. Vous êtes contre, pourquoi ?Certes, il faut accompagner davantage les licenciés économiques en termes de reclassement et de formation, et peut-être rapprocher deux dispositifs, la convention de reclassement personnalisée et le contrat de transition professionnelle qui sont très proches. Mais il faut aussi faire attention à ne pas concentrer tout l'argent sur les mêmes et oublier les CDD et les intérimaires. Pôle emploi devrait davantage « segmenter » son offre de service selon les caractéristiques des demandeurs d'emploi, comme le font d'ailleurs les Britanniques dans leur Jobcenter Plus, et suivre en priorité les chômeurs les plus vulnérables.L'Insee recense à la fin mai 36.400 chômeurs supplémentaires, c'est conforme à vos prévisions ?C'est cohérent avec nos prévisions qui tablent sur 639.000 demandeurs d'emploi [de plus] en 2009. Il semble que le gros des suppressions d'emplois soit derrière nous, mais il ne faut pas crier victoire trop tôt car la conjoncture est incertaine.Le chef de l'État réunit le 1er juillet syndicats et patronat, quelles seraient vos priorités ?En tant que chef d'entreprise, je souscris à la théorie du bon et du mauvais déficit. En revanche, je regrette le peu de choses faites en direction de l'économie « moderne » (numérique, NTIC). Je pense que l'euro investi dans ces secteurs est plus rentable que l'euro investi dans les grands travaux d'infrastructure. Il vaut mieux financer des start-up de biothec que des ronds-points. C'est une question de curseur.Êtes-vous candidat aux élections à la présidence du Medef prévues en juillet 2010 ?Le sujet n'est pas d'actualité. Le choc économique que nous vivons aujourd'hui impose de mettre de côté les enjeux de personnes. n

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