Reflets équivoques et illusions d'optique et vision créatrice

C'est un jeu que l'on pratique enfant. En regardant un nuage, un tronc d'arbre ou une pierre, on cherche dans la matière un visage, une forme qui nous éloigne du premier regard. Alors, on s'en empare et on devient son propre artiste. « Regarder, c'est inventer », disait Dali. Exact ! L'exposition imaginée par Jean-Hubert Martin au Grand Palais en donne, à travers 250 ?uvres, une brillante démonstration. Et plonge au c?ur même de l'histoire de l'art.D'emblée, on est dans l'ambiance. L'ambiguïté, le trouble guident notre regard. Qu'est-ce que cette « Vénus des Milandes », venue du paléolithique supérieur ? Un corps féminin en forme de phallus. Et quand Raymond Hains, un des nouveaux réalistes, se promène sur une plage au milieu de pieux en bois, que cherche-t-il et que découvre-t-il dans cette matière érodée par la mer et le sel ? Des visages sculptés par la nature comme autant de fantômes qui hantent nos mémoires.plaisante hallucinationLe parcours de l'exposition démarre donc en beauté. Pour aller de surprises en surprises. Comme ces « Cups 4 Picasso » de Jasper Johns. Quatre vases, qui mis les uns à côté des autres laissent deviner entre eux la silhouette d'un visage. On glisse alors vers une plaisante hallucination dont les formes se révèlent souvent proches de l'homme. Ainsi en est-il de Herri Met de Bles, un peintre du XVIe siècle dont les rochers, les forêts recèlent dans leurs mystères des visages mi-hommes, mi-animaux qui déclenchent la terreur.Et Arcimboldo, demandez-vous, il est là ? Bien sûr ! Mais plus énigmatique qu'il n'y paraît. Il ne faut pas voir dans ses compositions de visages avec fruits, légumes et fleurs qu'un simple exercice de style. Elles renferment des allégories, des symboles, comme l'expression du caractère d'un homme, son âge, son pouvoir. De même à ces paysages d'où émergent monstres et géants, au c?ur d'une tourmente romantique, l'anthropomorphie apporte sa fantaisie. Ses frayeurs aussi.l'inconscient révéléQuant à Dali, quelques siècles plus tard, il est grand joueur d'images. Par simple effet de miroir. De double. On entre dès lors dans le territoire du rêve éveillé où chaque objet, chaque personnage révèle son inconscient. Et cette exposition se termine dans le plus grand trouble par une salle consacrée à l'artiste allemand Markus Raetz, dont les sculptures, les installations font perdre la raison. Un entre-deux que l'on découvre en se déplaçant autour de l'?uvre. D'un côté un homme et son chapeau, de l'autre un lapin. On est là au c?ur de la magie de l'art. n « Une image peut en cacher une autre », Galeries nationales du Grand Palais, square Jean-Perrin, Paris VIIIe. Tél. : O1.44.13.17.17. Tous les jours de 10 heures à 20 heures, mercredi jusqu'à 22 heures. Jusqu'au 6 juillet. Catalogue : Éd. RMN, 34 euros.

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