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« La finance consomme plus de temps de calcul que l'armée »

La Tribune

Publié le 10 février 2009 à 00:35 - Mis à jour le 10 février 2009 à 00:35

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Dans la crise financière, les produits complexes tels que les CDS, CDO, ABS et par là même l'utilisation des mathématiques dans la finance au travers de la présence des ingénieurs « quant » (spécialisés en analyses et techniques quantitatives) ont été montrés du doigt. Ont-ils une responsabilité dans la crise??Les ingénieurs « quant » ne sont qu'un des maillons de la chaîne responsabilité dans la crise financière. Celle-ci est née de l'éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis. Comme à chaque fois dans l'histoire, tous les ingrédients se sont retrouvés réunis pour qu'elle se forme et finalement qu'elle éclate?: des taux d'intérêt très bas et une extrême liquidité due à une politique américaine d'endettement excessif des ménages. L'immobilier américain a été financé grâce à la titrisation et aux produits dérivés qui se sont greffés dessus, que les « quant » ont contribué à modéliser. Les risques des produits dérivés de crédit étaient particulièrement complexes à modéliser et à réduire. Les statistiques de la Banque des règlements internationaux (BRI), qui est le seul organisme à diffuser des chiffres portant sur le marché des produits dérivés échangés de gré à gré comme les Credit default swap et les Collateralised debtobligation, montraient clairement une envolée des échanges depuis 2005. Cette diffusion massive a été favorisée par les notes AAA attribuées à ces produits par les agences de notation. Il y avait manifestement une bulle?! Or qui a dit qu'il y en avait une?? Qui a tiré la sonnette d'alarme?? Personne ou presque. Il faut se poser les bonnes questions au bon moment. Un peu de bon sens est plus utile que les mathématiques, et ceci est vrai aussi pour les mathématiciens. L'augmentation rapide des dérivés de crédit n'a pas été accompagnée d'une vigilance suffisante des « quant » dans la gestion des risques existants et celle du risque de liquidité.Le secteur financier devrait détruire entre 1 et 1,4 million d'emplois d'ici à la fin 2009 dans le monde. La banque de financement et d'investissement (BFI), domaine où beaucoup de vos ingénieurs ont été recrutés, est le secteur qui paye le plus lourd tribut à cette crise. Est-ce la fin de la BFI??Je ne crois pas que la banque de financement et d'investissement va disparaître. Elle devra se concentrer sur le client et sur l'utilité de ses produits. Certes, il y aura deux ou trois années difficiles, mais fondamentalement, une partie de l'activité continue à faire sens et je ne vois pas pourquoi elle s'arrêterait. Nous formons des gens pour évaluer via les modèles, les risques des produits dérivés, et à les réduire, au niveau d'un produit, d'une salle de marché, de la banque. Et la partie « risque quantitatif » ne va pas disparaître. Au contraire sa part va augmenter avec les nouvelles réglementations. La seule chose qui peut tuer la BFI, c'est la concentration. On m'a appris que, dans un système libéral, il fallait beaucoup d'intervenants afin que l'équilibre des prix se fasse. Or après chaque crise, un mouvement de concentration s'opère. Combien d'acteurs significatifs survivront à l'issue de cette crise financière. Je ne le sais pas. Moins d'une dizaine peut-être?L'innovation financière sera-t-elle freinée??Pour moi, elle ne diminuera pas parce que les ordinateurs vont disposer de nouveaux moyens permettant de faire des calculs à toute vitesse et des gens vont s'en servir. Par exemple, j'ai vu le premier stage sur les automates de trading dès 1998 à la BNP (voir « La Tribune » du 23 janvier [Ndlr]. Je ne pensais pas que les banques pourraient automatiser le trading des produits dérivés standards. Et pourtant cela fonctionne. La BNP a été une des premières. La banque américaine Goldman Sachs a, elle, développé un trading automatique sur les produits de taux d'intérêt. C'est d'une grande complexité. Il faut bien connaître les marchés, bien comprendre quel genre d'algorithme on va donner à l'automate pour qu'il lance les ordres. Cela demande également de bien comprendre les options, et leurs stratégies de couverture, le marché sous-jacent, l'évolution des paramètres pour savoir quels ordres donner. Il y a aussi beaucoup d'innovation dans l'utilisation des données hautes fréquences. Dans les prochaines années, lorsque les Chinois développeront leurs marchés financiers notamment dérivés, ils utiliseront ces nouvelles potentialités. Comme nous l'avons fait en France au moment de la création du Matif en 1987. Le public ne le sait pas, mais le secteur bancaire est le plus grand consommateur de temps de calcul du monde. Plus que l'armée?! Évidemment, après, on peut discuter de ce que certains en font.Quel avenir voyez-vous pour vos ingénieurs « quant »??Nous formons nos ingénieurs sur les modèles d'évaluation du prix des produits dérivés et de celui de leur couverture [réduction du risque, Ndlr]. Nous ne les formons pas à spéculer à tout crin. Les universités Paris VI et Paris VII ont été les premières à répondre à la forte demande des banques pour des ingénieurs en mathématiques appliqués à la finance. Après, toutes les écoles d'ingénieurs et toutes les facs s'y sont mises. À l'évidence aujourd'hui, il y a trop de formations au vu de la conjoncture actuelle. En France, nous avons des ingénieurs bien formés qui ont une bonne méthode de travail et qui savent modéliser. Mieux que dans d'autres pays européens et même aux États-Unis. C'est pour cela qu'ils sont très demandés. Alors selon l'évolution de la régulation et de ce que décideront les autorités de marché, nos ingénieurs devraient pouvoir trouver de nouveaux débouchés dans le contrôle. Ceux qui ont travaillé sur les marchés et qui connaissent toutes les ficelles du métier, pourraient être récupérés à la Commission bancaire pour mieux surveiller les flux sur les marchés. nMerci de supprimer «par». on ne peut le faire à la correction. Les ingénieurs « quant » ne sont qu'un des maillons de la chaîne responsabilité dans la crise financière.

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