Obama congédie le numéro un de GM

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Rick Wagoner a passé le volant de General Motors. Après neuf années à la direction du constructeur, le responsable, dont la tête avait été régulièrement demandée au Congrès et à Wall Street, a été limogé par le gouvernement fédéral. Il est remplacé par son directeur général adjoint, Fritz Henderson. Le groupe de travail mis en place par l'administration Obama pour superviser le sauvetage des constructeurs de Detroit avait donné à GM et Chrysler jusqu'au 31 mars pour lui soumettre un plan de viabilité pérenne. Son constat est sans appel : « Dans leur forme actuelle, [ces plans] ne sont pas suffisants pour justifier un nouvel investissement substantiel de ressources des contribuables », jugent ses experts.Dans un contexte politique tendu, où le renflouement d'établissements privés à l'aide de fonds publics est toujours plus décrié, la Maison-Blanche refuse donc d'attribuer 16,6 milliards de dollars supplémentaires à GM, qui a déjà perçu 13,4 milliards de crédits d'urgence depuis décembre. Le gouvernement accorde 60 jours au constructeur pour réviser sa copie et obtenir d'importantes concessions de ses créanciers, de ses syndicats et pour lui présenter une restructuration industrielle accompagnée de coupes claires dans ses marques et son réseau de concessionnaires. De son côté, Chrysler, qui a obtenu 4 milliards de crédits d'urgence depuis la fin 2008, ne recevra les 6 milliards de dollars que le groupe demande pour survivre que s'il parvient à sceller une alliance avec Fiat d'ici à 30 jours. Barack Obama a précisé hier que GM comme Chrysler obtiendraient « les capitaux adéquats » à leur survie pendant les délais supplémentaires accordés. Rick Wagoner a appris dès vendredi sa démission forcée. « Il ne s'agit pas d'une condamnation de M. Wagoner qui a dédié sa vie à l'entreprise », a assuré Barack Obama, précisant qu'il « s'agissait plutôt du constat qu'une vision nouvelle et une direction nouvelle seront nécessaires pour créer le GM du futur ». Entré chez le constructeur en 1977, où il s'est d'abord bâti une solide réputation de compresseur de coûts, Wagoner en a pris la direction en juin 2000. Depuis, GM a vu son cours de Bourse chuter de plus de 95 % et ses parts de marché s'effondrer. Et depuis 2005, les pertes du numéro un américain, qui a perdu son leadership mondial au profit de Toyota, se sont élevées à 82 milliards de dollars.Au cours des dernières années, des investisseurs ont réclamé le départ de Wagoner. Parmi eux, Kirk Kerkorian, qui a un temps milité pour un rapprochement avec Renault-Nissan. Plus récemment, la contestation est venue du Capitole, le président de la commission bancaire du Sénat, Chris Dodd considérant que seule une nouvelle direction pourrait sauver le groupe. « La décision de révoquer Wagoner est largement politique et je ne la comprends pas », regrette Ilhan Geckil, consultant automobile auprès du cabinet Anderson Economic Group. L'économiste rappelle que les critiques visant Rick Wagoner ? tel le maintien trop long d'une production axée sur des véhicules très voraces en essence (SUV, 4x4?) ? peuvent être adressées à l'ensemble de l'industrie automobile américaine, pas seulement à GM.tabou briséEn présentant ses conclusions sur les plans présentés par GM et Chrysler, le groupe de travail automobile de l'administration Obama a brisé un tabou : « Leur meilleure chance de succès pourrait bien résider dans l'utilisation de la loi sur les faillites (Chapitre 11), d'une manière rapide et chirurgicale », ce qui permettrait aux deux groupes de se restructurer plus vite. GM et Chrysler pourraient ainsi contraindre leurs créanciers à renégocier les termes de leur dette que le gouvernement fédéral espère voir diminuer des deux tiers. Les deux groupes ont prévenu par le passé que cela équivaudrait à les liquider. Mais Barack Obama, qui s'est engagé hier à ne pas « laisser disparaître l'industrie automobile » américaine, a annoncé qu'en cas de recours au Chapitre 11, l'État donnerait sa garantie aux véhicules sortis de leurs usines. n

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