Régies de quartier : « Pour nous l'économie n'est qu'un moyen »

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« Dès l'origine notre ambition a été claire, il s'agissait de donner une finalité politique et citoyenne à notre projet, en s'adossant à un projet économique. Pour nous l'économie, qu'elle soit entreprise d'insertion, association intermédiaire ou création de services de proximité, n'est qu'un moyen, un outil » affirme Charles Bouzols, directeur du réseau national des régies de quartier qui préside également aux destinées de la régie du quartier de la Pierre Collinet à Meaux, association fondatrice. Objectifs du dispositif : « Remettre les habitants du quartier en contact avec les institutions, les mettre en situation de cogestion avec les offices HLM et les municipalités pour la mise en oeuvre d'un certain nombre de services urbains de proximité avec, à la clé, l'insertion des publics les plus en difficulté : les jeunes, les chômeurs longue durée et les femmes isolées. » Un sas sur la société Ces associations, qui ont fêté en 1995 leurs dix années d'existence, étaient à l'origine un dispositif expérimental, d'abord isolé (Meaux, Marseille, Besançon, etc.), qui a trouvé à partir de 1990 un relais dans la politique de la Ville naissante, mais en conservant sa pleine autonomie. « En 1991, Michel Delebarre le nouveau ministre de la Ville avait lancé le slogan "400 régies pour 400 quartiers". Nous avons refusé cette instrumentalisation car la création d'une régie ne peut se faire en calquant un peu partout le même modèle », affirme Charles Bouzols. Pour lui, la régie de quartier doit être le fruit d'une réflexion locale : le réseau a déposé le label « régie de quartier » pour protéger son identité et sauvegarder une certaine qualité d'action. Il existe à présent 105 régies. Toutes sont créées en suivant le même schéma : lorsque les habitants d'un quartier souhaitent se regrouper en régie, le réseau commandite une étude de faisabilité politique et partenariale pour voir quels sont les besoins qui pourraient être satisfaits par ce biais, avec quels partenaires, et si l'ambition correspond bien à la philosophie initiale des régies. Le seul danger concerne une éventuelle démission de l'institution (HLM, municipalité) qui se déchargerait de sa mission sur les seuls habitants d'un quartier fonctionnant en autarcie. « Mais en fait, la puissance publique a déjà bien souvent totalement déserté le quartier et la réappropriation de celui-ci par ses habitants est une première étape vers le retour au droit commun », précise Charles Bouzols. Les premières activités auxquelles s'intéresse une régie sont la propreté et la maintenance, « parce qu'elles apportent une amélioration rapide et lisible pour tous de l'environnement du quartier », explique-t-il. A Meaux, la régie a ainsi pris en charge en partenariat avec l'Opac, entre autres l'entretien des espaces verts et le nettoyage des bâtiments. Dans un deuxième temps, elle peut devenir la structure porteuse pour le développement de services de proximité (crèche parentale, animation, etc.). Mais attention : « Lorsque la régie joue le rôle d'entreprise d'insertion, elle doit veiller à ne pas laisser croire, aux jeunes qu'elle emploie, que leur avenir professionnel est là, en bas de leur immeuble. Elle doit être un sas sur le reste de la société, sur le secteur de l'économie marchande », souligne Charles Bouzols. P. F.

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