Renault, toujours le symbole

La déception est légitime. La brutale annonce, le 27 février dernier, de la fermeture d'une usine dont aucun salarié ne soupçonnait le triste destin, est un drame humain pour les 3.100 personnes à qui on réclamait jusque-là des efforts continuels pour améliorer la qualité et réduire les coûts. Les salariés, dont les qualités professionnelles n'ont été remises en cause à aucun moment, ont le sentiment d'avoir été grugés. En fait, l'avenir du site était déjà sérieusement hypothéqué depuis 1994, année où Renault avait décidé de ne pas y fabriquer le successeur de la Clio. Le coup de grâce est survenu en 1996, année noire dans la guerre des prix. Mais, au-delà de ce qu'il peut y avoir de douloureux dans les restructurations industrielles, c'est la survie du constructeur automobile qui est en jeu. L'expert indépendant Danielle Kaisergruber est venu le rappeler aux hommes politiques qui pourraient avoir la tentation d'utiliser ce dossier uniquement pour déstabiliser le gouvernement, ou pour s'acheter une vertu à moindre frais, au mépris des enjeux industriels. Renault, dont les pertes cumulées ont atteint 32 milliards de francs entre 1981 et 1986, est fragile. Renfloué alors par le contribuable, le groupe, qui a reperdu 5,25 milliards de francs en 1996, ne peut plus compter aujourd'hui sur l'Etat. Bruxelles ne le permettrait pas. Le constructeur doit donc asseoir son existence en ne comptant que sur lui-même et ses clients, une évidence qu'il a longtemps ignorée. Or, Renault produit trop cher et se trouve à la merci des fluctuations de son principal marché : l'Europe de l'Ouest. Fabriquant deux fois moins de véhicules que Volkswagen, il est le plus petit généraliste européen. Dans ces conditions, l'assaut de démagogie auquel on assiste depuis le début de l'« affaire » apparaît quelque peu irresponsable. Imposer à Renault un plan social au prix fort pour revendiquer une victoire politique est dangereux. La direction de Renault a, certes, commis des erreurs, notamment de sous-estimer la guerre des prix et de retarder l'indispensable restructuration qu'elle juge aujourd'hui indispensable - mais avait-elle les mains libres ? Toutefois, le conseil d'administration a montré à plusieurs reprises qu'il faisait confiance au PDG, Louis Schweitzer. Il faut donc laisser vivre l'entreprise, privatisée il y a un an, et juger la direction sur son objectif de retour à l'équilibre financier cette année. A.-G.V.

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