Aircelle au coeur des grandes batailles aéronautiques

En dehors du monde de l'aéronautique, qui connaît la "nacelle" d'un moteur d'avion, partie de l'avion qui accroche le moteur à l'avion ? Et "l'inverseur de poussée", ce sous-ensemble clé de la nacelle qui participe au freinage de l'avion à l'atterrissage ? Pas grand monde, sans doute. Sauf au Havre, où se trouve le siège d'un fleuron français de l'aéronautique, Aircelle (ex-Hurel- Hispano), qui vient de fêter la sortie du 4.000e inverseur de poussée de l'Airbus A320.Société du groupe Safran qui emploie 3.500 salariés dont 2.000 auHavre, Aircelle (*) est le seul industriel européen à concevoir, fabriquer et assurer le service après-vente de nacelles (5%du prix de l'avion) et le seul au monde à fabriquer toute la gamme de nacelles, pour des moteurs allant de jets d'affaires à ceux de l'A380. Il y a trente ans, le site havrais, alors filiale de Snecma, s'est mis à fabriquer des inverseurs de poussée, puis à les concevoir. C'est à partir de cet équipement bourré de technologie (60 % de la valeur de la nacelle) que s'est écrite l'histoire récente de cet établissement.NOUVELLES LIGNES D'ASSEMBLAGE ET NOUVEAU LABORATOIRELe simple "sous-traitant" est devenu une société à part entière, spécialiste de la nacelle complète, à la fois pour des clients "motoristes" (General Electric, Pratt & Whitney, Rolls- Royce) et des "avionneurs" (Airbus, Bombardier, Gulf Stream). Sur ce marché mondial ne se bagarrent qu'une poignée d'intervenants : General Electric, Spirit etGoodrich, tous les trois américains. "Le métier de nacelliste, analyse Jean-Pierre Cojan, PDG d'Aircelle, est un métier ingrat, high-tech et difficile, en raison des questions de compatibilité thermique, car il faut faire la transition entre des températures extérieures de - 40 degrés et la température à l'intérieur de la nacelle supérieure à 200 degrés." Pour produire ce "concentré de haute technologie", Aircelle dit "investir 20 % de son chiffre d'affaires - 600 millions d'euros - en dépenses de R&D, technologies et industrialisation." Fierté de l'entreprise, les nacelles de l'A380, fournies par Aircelle, sont équipées d'un système de commande électrique pour l'inverseur de poussée, en remplacement des systèmes hydrauliques.Avec le soutien de la région Haute- Normandie, du conseil général de Seine-Maritime et de la communauté d'agglomération havraise, Aircelle vient par ailleurs d'investir 60 millions d'euros au Havre dans de nouvelles lignes d'assemblage et un nouveau laboratoire dédié aux matériaux composites à "matrice organique". Cette course à l'innovation sert les objectifs stratégiques d'Aircelle : conserver le marché des jets d'affaires - un quart de ses ventes -, "rentrer chez Boeing" et être retenu pour fabriquer les nacelles des avions moyen-porteurs de la future génération, c'est-à-dire les remplaçants des A320 et 737 (les deux tiers des volumes des deux constructeurs)."Nous voulons être au top en matière de recherche et de technologie pour affronter la guerre sans merci qui se prépare", confie Jean-Pierre Cojan. À l'écouter, l'enjeu est "phénoménal", voire "shakespearien" puisqu'il se résume à ceci : "Être ou ne pas être sur un avion monocouloir type A320 à partir de 2015." Avec leurs versions successives, rappelle le PDG d'Aircelle, ces avions dureront cinquante ans, "donc, il vaut mieux ne pas rater le train !"... En attendant, le compte à rebours est lancé. Les futurs avions devant entrer en service à l'horizon 2015-2016, les programmes seraient engagés autour de 2011-2012. La "guerre" commerciale, faite aussi de partenariats et de jeux de séduction, commencera dès 2009.(*) Outre le siège havrais, Aircelle a une division en Grande-Bretagne, une filiale spécialiste de composites en Lorraine, une filiale au Maroc, une usine d'assemblage final à Toulouse et un bureau d'études et de service après-vente dans les Yvelines.Un campus " composites "Association constituée en 2006 par Aircelle, l'université du Havre, l'Ensicaen (École d'ingénieurs de Caen)et Normandie Aérospace (établissements industriels normands du secteur aéronautique et spatial),le Campus " composites avancés " normand (C. Can)a pour mission d'animer en Normandie un réseau d'expertise dans la maîtrisedes matériaux composites (production, recherche, calcul/simulation) et d'innover pour réduire les nuisances (CO2, bruit). Les nacelles de demain " seront composites ou ne seront pas ", indique-t-on chez Aircelle, où l'on rappelle que la part de ces matériaux dans les nacelles de l'A380 " tend vers 60 % ". Si celui-ci est parfois surnommé le " géant silencieux ", c'est grâce notamment aux performances acoustiques de la nacelle qui lui permettent d'être presque aussi silencieux qu'un avion monocouloir (famille A320) pourtant trois fois plus petit.

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