Le yen victime de la vogue des « monnaies-rendements »

Le yen a continué à s'affaiblir hier face à toutes les monnaies, malgré la fermeture de la place de Tokyo. Cette dernière, fêtant jusqu'à jeudi la « semaine dorée », a mis un terme provisoire aux traditionnels rapatriements de capitaux de la part des exportateurs japonais en cette période de l'année, pour préparer la clôture de l'exercice fiscal au 31 mars prochain. Le yen est venu affleurer son plus faible niveau depuis trois mois et demi face au dollar, refluant en séance jusqu'à 104,60, soit une dévalorisation de près de 24 % depuis le point haut historique atteint en avril dernier, à 79,75. Si le billet vert parvenait à franchir le seuil de 105, il s'afficherait à son cours le plus élevé depuis juin 1994. Parallèlement, les cent unités ont reflué jusqu'à 1,3760 deutsche mark et 4,6950 francs français, affichant une décote d'ampleur analogue à celle observée face au billet vert. Le mouvement de baisse continue du yen qui s'est nettement amplifié hier tient d'abord à la meilleure orientation du billet vert depuis lundi : malgré la poursuite du feuilleton budgétaire américain, il s'est également raffermi vis-à-vis du deutsche mark, refranchissant le seuil de 1,44, et du franc français, pour se négocier à plus de 4,90. L'accès de faiblesse du yen doit aussi beaucoup à la vogue pour les monnaies à hauts rendements qui fait fureur sur le marché des changes depuis quelques semaines. Une vogue qui a permis au franc français, à la lire italienne, à la peseta espagnole et à l'escudo portugais de retrouver des couleurs face notamment à la monnaie allemande, sans que les données économiques ou politiques ne viennent épauler ces rebonds. Les opérateurs, qui se sont un peu départis de l'aversion épidermique au risque qu'ils manifestaient l'an dernier, privilégient en effet la rémunération qu'ils peuvent espérer tirer de ces monnaies. Un marché influencé par les prévisionnistes Or, à cet égard, le yen souffre d'un sérieux handicap : le taux au jour le jour qui assortit la monnaie de l'archipel ne s'élève qu'à 0,25 %, contre 3,81 % pour le mark, 4,62 % pour le franc, 5,63 % pour le dollar, 10,32 % sur la peseta et même 10,50 % pour la lire. Même si cet engouement risque de s'évanouir au moindre signe d'essoufflement de l'activité qui ferait resurgir les anticipations de baisse des taux en Europe ou à d'éventuelles secousses politico-sociales, il guide actuellement le marché des changes. Lequel marché est par nature moutonnier et se laisse influencer en ce début d'année par les prévisions des gourous et autres prévisionnistes. Or ils prédisent presque unanimement la même trajectoire pour le dollar face au yen : la hausse, qui devrait l'entraîner entre 112 et 120 d'ici à la fin de 1996, à mesure que les excédents commerciaux japonais continuent à redescendre de leurs sommets et que reprennent les sorties de capitaux hors de l'archipel. Au vu des premiers échanges de ce début d'année, les experts ont même commencé à réviser leurs pronostics en rehaussant la future parité dollar/yen. Isabelle Croizard

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