Thierry Breton récuse tout protectionnisme

Et si Thierry Breton devait aujourd'hui prendre la parole pour saluer la qualité industrielle du projet de mariage entre Mittal et Arcelor, qu'en penserait l'opinion française ? Ce qui n'est qu'une boutade illustre bien la gêne dans laquelle est empêtrée la communication du gouvernement, pris de court par l'annonce de l'OPA hostile de Mittal Steel sur le champion européen de l'acier. Les prises de position du monde politique français ont ainsi parfois eu des relents de xénophobie, contre "ce groupe indien", avant que n'apparaisse qu'il s'agit avant tout d'une opération certes inamicale, mais entre deux groupes européens, l'un anglo-néerlandais (Mittal Steel), l'autre franco-espagnol-luxembourgeois. Depuis le déclenchement de l'opération, samedi 28 janvier, les déclarations ambiguës se sont pourtant multipliées, de la part de Thierry Breton, puis dans la bouche de son ministre délégué à l'Industrie, qui a affirmé que le gouvernement était "opposé au succès" de cette OPA, avant que le Premier ministre ne corrige le tir à quelques semaines du voyage de Jacques Chirac en Inde. "La France est une économie ouverte", rappelle à l'envi Dominique de Villepin, comme pour corriger les dégâts faits dans l'opinion internationale par son appel désuet au "patriotisme économique" lancé à l'été dernier. Hier, la présidente du Medef a mis en garde le gouvernement contre la tentation "d'entretenir l'illusion du politique", alors qu'il "ne peut intervenir", sinon, comme l'argumente Thierry Breton, en tant que "partie prenante". Pour lutter contre le sentiment d'impuissance du politique, le ministre de l'Économie invoque la légitimité de l'intervention des "stakeholders" face au pouvoir des actionnaires."Ni pour ni contre." "D'autres parties prenantes, comme les employés, la direction, les clients, les fournisseurs et les autorités locales ont le droit d'exprimer leur opinion", plaide Thierry Breton, qui s'est félicité hier à New York de la cohérence du discours gouvernemental. "Nous ne sommes ni pour, ni contre" l'offre de Mittal Steel, a-t-il déclaré, précisant qu'il n'avait pas traversé l'Atlantique pour tenter d'influencer les actionnaires du sidérurgiste européen. "Mais je continuerai à m'exprimer" sur la qualité du projet de Mittal Steel que Goldman Sachs, sa banque-conseil, "n'a pas seule vocation à apprécier".Hier, le ministre a renvoyé la balle au gouvernement britannique qui vient d'adresser une mise en garde à Gazprom suite à des rumeurs d'une OPA sur Centrica, qui contrôle British Gas. Il a aussi estimé que sa "position ferme" sur ce dossier évitera en France une fronde parlementaire similaire à la levée de boucliers qu'avait provoquée au Congrès l'offre hostile du pétrolier chinois Cnooc sur Unocal. Pour le ministre, la seule parade consisterait à avoir une véritable politique industrielle européenne. "On ne peut pas à la fois dire que l'on veut des groupes mondiaux et continuer de raisonner sur des marchés nationaux", regrette Thierry Breton, qui plaidera, mardi, lors du prochain Ecofin, pour que soit ouvert ce débat avec la Commission.Philippe Mabille, avec Éric Chalmet, à New York