L'avenir des retraites passe par l'école

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Dans les quinze années qui viennent ? tenons d'ores et déjà compte de l'allongement probable de la durée de cotisation ?, les cinquantenaires prendront leur retraite. Si rien ne change, au cours de cette période, environ un million et demi de jeunes seront sortis du système éducatif sans qualification. Parmi eux, 40 % seront toujours sans emploi trois ans après avoir quitté le système éducatif. La moitié de ceux qui seront employés le seront de manière temporaire et il s'agira majoritairement d'un emploi non qualifié.Quel rapport avec les retraites ? Simple : cela fait beaucoup de personnes qui ne contribueront pas ou peu à leur financement ! Ajoutons à cela une possible dégradation de la situation économique en Europe... et on mesure l'ampleur de l'impasse. L'une des clés du problème des retraites, c'est bien sûr l'emploi ! Plus il y aura d'actifs pour cotiser et moins le financement sera difficile. Mais pour cela, encore faut-il qu'il y ait des emplois et des gens suffisamment formés et qualifiés pour les pourvoir ! Voilà pourquoi on aurait tort, au nom d'une actualité brûlante qui serait ailleurs, de sous-estimer les deux rapports qui, en l'espace d'une semaine, viennent de paraître, attirant l'attention des responsables politiques comme des citoyens sur le fonctionnement ou plutôt les dysfonctionnements de l'enseignement scolaire à différents niveaux.C'est bien la question de la formation initiale et, à travers elle, de l'employabilité des actuelles et futures générations, qui se trouve posée. Pourquoi avons-nous décidé d'amener 80 % d'une classe d'âge au niveau du baccalauréat et 50 % au niveau de la licence ? Parce que l'avenir des pays dits « développés » se trouve dans les emplois qualifiés, l'innovation technologique et la recherche. Nous ne pourrons y parvenir que si la scolarité obligatoire, dans un premier temps, remplit son rôle, c'est-à-dire délivre une formation de base suffisamment solide. Or, plusieurs indicateurs tendent à nous avertir du contraire.Pourtant, notre pays ne semble guère préoccupé par cette situation, avec, au premier rang, le personnel politique. En Allemagne, par exemple, la publication des résultats du Pisa (enquête menée tous les trois ans auprès de jeunes de 15 ans dans les trente pays membres de l'OCDE et de nombreux pays partenaires qui évalue l'acquisition de savoirs et savoir-faire essentiels à la vie quotidienne au terme de la scolarité obligatoire) fut ressentie comme un choc terrible par la société allemande. Les faibles performances enregistrées ont suscité un débat particulièrement animé dans ce pays, notamment en ce qui concerne l'orientation des élèves de 11 ans vers différents types d'établissements, allant jusqu'à remettre en cause les fondements du système éducatif. Afin de mieux comprendre ses résultats du Pisa, l'Allemagne a fait exécuter une étude multilatérale impliquant divers pays dont elle souhaitait comparer plus précisément les résultats avec les siens. Rien de tel en France !La question scolaire est bien une question politique : des choix sont à faire ! Il ne s'agit pas là uniquement d'une affaire entre pédagogues, mais de l'affaire de tous. Un « nouveau contrat pour l'École » devrait être conclu, au sens où le politique devrait avoir plus à coeur de se préoccuper des questions scolaires. Cela nécessite du temps et une volonté politique qui, hélas, coïncident peu avec la conception actuelle du temps et du marketing politiques. La question est d'autant plus urgente que nous ne sommes pas dans une période d'abondance des fonds publics. Il ne s'agirait pas de tailler dans les dépenses à tout prix mais, conscient de la nécessité de ménager les deniers publics, d'optimiser le « rapport qualité-prix » de l'Éducation nationale, sans perdre de vue les objectifs fixés. Encore faut-il savoir l'école que nous voulons ! Point de vue Jean-Christophe GARDE Professeur de physique-chimie, lycée Léonard-de-Vinci de Saint-Michel-sur-Orge

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