Le laboratoire Servier veut conserver l'ensemble de sa recherche en France

À presque 89 ans, Jacques Servier n'a pas froid aux yeux. Alors que l'industrie pharmaceutique vante l'intérêt stratégique et financier de s'implanter à l'étranger, son groupe vient d'investir 50 millions d'euros pour doubler la capacité de son centre de Croissy-sur-Seine (Yvelines). D'ici à trois ans, une centaine de chercheurs parmi les 500 que compte le groupe, travailleront à l'élaboration de nouvelles cibles de médicaments à partir d'outils de biotechnologie. Au niveau mondial, Servier possède trois centres de recherche... tous en région parisienne. Un « signe de cohérence »Un anachronisme pour le deuxième laboratoire français derrière Sanofi ? « Au contraire, avoir des sites proches les uns des autres nous permet d'intégrer plus facilement les différentes approches que nous y développons. Et pour nos partenaires, c'est un signe de cohérence », explique le directeur de la recherche Bernard Marchand. Cela n'empêche pas Servier de réaliser 86 % de ses 3,6 milliards d'euros de ventes (- 3 % à fin septembre 2009) à l'étranger. Et de dépenser 20 millions d'euros par an en partenariats de recherche externes, avec des universités ou des biotechs (Genfit, Genoway, Cellectis). Le labo doit d'ailleurs annoncer ce jeudi un nouvel accord dans ce domaine.Logé dans une fondation, non coté en Bourse, Servier cultive le mystère sur ses performances financières. Il assure cependant réinvestir l'intégralité de ses bénéfices dans la recherche et développement (25 % des ventes). Sa stratégie hexagonale semble porter ses fruits. En quatre ans, Servier a commercialisé trois nouveaux médicaments : le Protelos en rhumatologie, le Procoralan (cardiologie) et l'antidépresseur Valdoxan.Pour l'exercice 2009/2010, le labo attend cependant un chiffre d'affaires stable alors qu'il vient de perdre le brevet de son hypertenseur Coversyl, qui représente 40 % des ventes. Le groupe a également bon espoir de développer « d'ici sept à huit ans » un premier médicament issu de la biotechnologie, vraisemblablement contre le cancer. Il dispose aujourd'hui de deux médicaments chimiques en phase III (la dernière avant commercialisation), dans le domaine cardiovasculaire et le diabète.RatésMais la recherche Servier ne compte pas que des succès : l'an dernier, l'Afssaps a fait retirer du marché l'antidiabétique Mediator, accusé d'atteinte des valves cardiaques. « Ce produit [génériqué, ndlr] ne représentait plus que 0,7 % de nos ventes », minimise-t-on chez Servier. Surtout, le labo ne récolte pas toujours les bénéfices de sa forte implantation française. Le Valdoxan, commercialisé dans l'Hexagone depuis deux semaines, a obtenu « le prix le plus bas de tous les pays d'Europe »? déplorent les dirigeants. A. T.

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