Donnons sa chance à l'eau

Dans le monde, aujourd'hui, les crises succèdent aux crises, climatiques, alimentaires, sanitaires, énergétiques... Et les catastrophes naturelles s'y ajoutent, vécues en direct grâce à l'omniprésence des médias, et aussi vite oubliées pour passer aux suivantes. Le citoyen s'en trouve désorienté, qui ne comprend plus où sont les vraies menaces, et encore moins les solutions. Les leaders politiques et économiques vivent dans l'instant, soumis à la pression de l'opinion pour les uns, et aux variations du New York Stock Exchange pour les autres.Le monde perd ses repères et ne sait plus comment préparer l'avenir, le nôtre et celui de nos enfants. Quelles décisions prendre, quelles politiques engager, quelles règles imposer ? Les postures sont faciles à prendre, les engagements plus difficiles à tenir. A vouloir tout prévoir, à vouloir tout résoudre, la boussole devient folle. Les contradictions s'en trouvent en permanence exacerbées, là où tous nos efforts voudraient les atténuer. Le domaine de l'environnement en est une parfaite illustration. Opposer développement du genre humain et protection de la biodiversité est un non-sens qui ne prospère qu'en glorifiant la polémique au lieu du partage des ressources. Le sujet de l'eau est de ceux qui doivent être approchés en privilégiant les solutions plutôt que les disputes. La question n'est pas : « Quand et où aura lieu une guerre de l'eau ? » mais plutôt : « Qu'allons-nous faire pour assurer à l'humanité future la disponibilité de l'eau indispensable à sa survie ? »La tâche est ardue car de graves menaces pèsent sur l'eau, la croissance démographique, les concentrations urbaines, les exigences du développement, voire les divagations du climat. Ces menaces sont réelles et il ne faut ni les exagérer ni les ignorer. Mais à l'évidence, des révisions déchirantes s'imposent. Chacun le sent bien, même si les contingences de la production de biens et l'élévation des niveaux de vie diffèrent sensiblement entre les dominants d'hier et les émergents de demain.Plus ou moins rapidement, nous allons consommer mieux en gaspillant moins. Mais il ne suffira pas de faire son petit effet télévisuel en décidant des « jours sans viande » pour dénoncer les conséquences des régimes carnés pour l'environnement. A cette allure, va-t-on décréter des « jours sans douche » pour retarder le spectre de la pénurie d'eau potable ? Gardons-nous des ayatollahs qui savent tout et qui exigent plus vite encore. Mais respectons la nature avant qu'elle ne nous y contraigne. La disette hydrique arrive souvent sans crier gare, après des décennies d'égarement et d'aveuglement. L'exemple récent de la Californie est à cet égard plein d'enseignements à venir. L'administration de cet État, riche parmi les riches, s'est trouvée contrainte de mobiliser tous les usagers pour diminuer la consommation d'eau douce de 15 % à 20% en une année. Gageons que la réussite ou l'échec de cette expérience forcée inspirera de nombreuses politiques nationales et locales de régulation de la demande en eau au cours des prochaines années. La voie est maintenant tracée pour gérer la ressource de manière plus responsable en passant progressivement d'un gaspillage inacceptable à un partage équitable. Manière de dire que chaque individu, chaque communauté seront assurés de pouvoir accéder à tout moment et en tout lieu à une ressource répondant aux besoins tant individuels que collectifs. Le 22 mars, le Conseil de l'UE a sans doute fait faire un grand pas à l'humanité en estimant que « non seulement l'accès à l'eau potable est lié aux droits de l'homme, mais qui plus est, il fait partie intégrante du droit à un niveau de vie suffisant et est étroitement lié à la dignité humaine. » Souhaitons que les pays membres du G8 et ceux du G20, puis de la communauté internationale dans son ensemble, adhèrent à cette position qui reste à concrétiser pour le bénéfice de la vie quotidienne de milliards d'individus. Il en va d'une double garantie - garantie de disposer de l'eau pour la nourriture et la sécurisation alimentaire des plus pauvres, garantie de promouvoir une eau saine - qui visera à réduire la première cause de mortalité dans le monde.C'est ce défi que la France, Marseille et le Conseil mondial de l'eau ont décidé de relever ensemble en organisant le 6e Forum mondial de l'eau d'ici à mars 2012. Au-delà des bilans catastrophistes et de l'épouvante annoncée chaque jour, nous avons décidé, d'un commun accord, de privilégier une démarche concrète qui fera de ce rendez-vous le Forum des solutions. nPoint de vue Loïc FAUCHON Président du Conseil mondial de l'eau

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