La réussite scolaire est-elle compatible avec la rigueur ?

Faire mieux avec moins. C'est la gageure qui attend le ministère de l'Education nationale. Les pistes transmises aux recteurs début mai pour supprimer massivement des postes d'ici à 2013 (lire « La Tribune » du 26 mai) ne sont pas sans poser des questions : comment allier rigueur budgétaire et lutte contre l'échec scolaire ?Certes, la maison Education, premier budget de l'Etat, ne peut déroger à la règle du non-renouvellement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. « Dans l'éducation, les coûts sont liés à l'enseignant à 86 % dans le primaire et à 70 % dans le secondaire », rappelle Jean Bourdon, chercheur à l'Institut de recherche en Education (Iredu). Traduction : cibler le personnel est le levier le plus efficace pour un ministre en quête d'économies. Et comme le mammouth a déjà été bien dégraissé, les recteurs sont priés d'augmenter le nombre d'élèves par classe. Un paradoxe alors que le gouvernement martèle à l'envi sa volonté de lutter contre l'échec scolaire. « Luc Chatel prône l'individualisation des parcours. Mais comment le faire si l'on augmente le nombre d'élèves par classe ? » s'interroge Christian Chevalier, secrétaire général du SE-Unsa.DénégationsPour autant, nuance Jean Bourdon, le lien entre effectifs en classe et niveau scolaire n'est pas établi quand l'ajustement est de quelques pour cent : « Entre 12 et 45 élèves par classe, il n'y a pas de réponse claire. » En fait, le paramètre qui joue le plus est celui de la composition des classes : l'impact des effectifs est plus fort sur des classes hétérogènes que sur des classes homogènes. Une classe hétérogène favorisera aussi plus les interactions entre élèves (les plus forts tirent les plus faibles) si tant est que les meilleurs soient majoritaires... Tout dépend aussi de l'environnement social de l'établissement. Bref, toute conclusion est risquée. Tout au plus peut-on limiter certains risques. Ainsi, Bruno Suchaut, directeur de l'Iredu, estime-t-il que l'on peut « casser l'organisation des classes dans le primaire en adaptant les effectifs en fonction des activités », ou cibler les augmentations d'effectifs sur le lycée, « où les élèves sont plus matures et autonomes ». Pourquoi aussi ne supprimerait-on pas certaines options rares au lycée ? s'interroge Marie Duru-Bellat, sociologue de l'éducation à Sciences Po, rappellant qu'en France, « c'est le lycée qui coûte cher, pas le primaire ni le collège ». Christian Chevalier s'étonne d'ailleurs que les fiches ministérielles ciblent le primaire, où tout se joue, et l'offre de CAP, qui concerne les plus défavorisés, mais passent sous silence les classes préparatoires, les plus dispendieuses, mais réservées aux plus favorisés. Clarisse Jay

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