Jim Shaw raconte l'Amérique à Bordeaux

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Un aspirateur à huit branches fait voler coiffes et moustaches alors que s'avance un peu plus loin une armée de zombies. Bienvenue au CAPC musée d'art contemporain de Bordeaux où une gigantesque exposition rassemblant toiles peintes, vidéos, dessins et sculptures rend hommage à Jim Shaw. Et offre sa première grande rétrospective à ce plasticien américain né en 1952, qui n'a cessé d'interroger la culture de son pays dans une oeuvre foisonnante et protéiforme.En majesté dans la grande nef du CAPC, les immenses toiles peintes dont les plus grandes s'étalent sur plusieurs mètres de long. L'artiste a dégoté ces anciens décors de théâtre à Hollywood. Nous sommes alors en 2004. George W. Bush s'apprête à être réélu tandis que gronde la guerre en Irak. Aussi Shaw décide-t-il de sonder la culture de son pays à la lecture de ce contexte politique. D'autant que le marché de l'art vit alors de glorieuses années et que les galeristes pressent leurs artistes de leur fournir de quoi vendre. Sur ces toiles peintes par d'autres, figurant souvent des paysages de l'Amérique profonde, Jim Shaw va donc raconter sa contrée. Dans sa ligne de mire : la consommation effrénée ou le patriotisme. Il peint ainsi par dessus une belle petite maison blanche trois beignets de saucisses à peine entamés, déjà bazardés. Sur une autre toile, il représente le drapeau américain. Sauf que les rayures sont remplacées par des serpents rouges et les étoiles par les têtes des présidents du XXe siècle. Le style est tour à tour hyperréaliste, emprunté à l'iconographie hollywoodienne ou publicitaire. Mais ce sont surtout les religions chrétiennes millénaristes qui le fascinent au point de collectionner les affiches, calendriers, pochettes de disque ou comic-books produits par ces sectes. Ce qui lui inspirent toutes sortes d'oeuvres. Ce foetus gonflé à l'hélium par exemple, au cordon ombilical puissant. Comme un pied-de-nez aux fondamentalistes pro-vie qui s'enchaînent aux cliniques. fascinantIl y a quelque chose de vertigineux dans les oeuvres de Jim Shaw. De par leur taille tout d'abord. Comme cette fresque figurant les rêves d'une femme au foyer allongée sur un matelas porté par des hommes de couleur, sur fond d'un paysage de marais. Ses songes sont représentés par des bulles dans lesquels le robot de Ben Laden détruit des gratte-ciel. Derrière chaque oeuvre se cachent ainsi des milliers d'histoires qui toutes disent l'Amérique d'aujourd'hui. Et c'est souvent fascinant. n« Jim Shaw, left behind », au CAPC de Bordeaux jusqu'au 19 septembre. Tél. : 05.56.00.81.50.www.bordeaux.fr/ville/capc

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