60e anniversaire  :  la Chine populaire est-elle encore communiste  ?

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Marie-Claire BergèreOUILes institutions demeurent et fonctionnent comme avant.Le paradoxe d'un pays qui a su réformer son économie de manière aussi radicale sans renier ses institutions frappe en effet les esprits. La société chinoise elle-même a abandonné l'idéologie communiste. Le parti n'a jamais eu autant de membres ? 76 millions ? mais les adhésions sont moins motivées par des convictions que par des intérêts de carrière. Pourquoi donc dire que la Chine est encore communiste ? Tout simplement parce que les institutions demeurent. Le gouvernement et l'administration ont certes repris un peu d'autonomie mais le Parti communiste reste tout-puissant dans de nombreux domaines, y compris économiques. Les institutions fonctionnent comme avant. Le comité central reste la pièce maîtresse, l'Assemblée populaire n'a guère plus d'indépendance, les institutions qui représentent les non-communistes n'ont toujours pas de pouvoir de décision et restent inféodées au parti. Le régime évolue progressivement vers plus de transparence et un certain état de droit et le pouvoir d'une oligarchie a remplacé la dictature d'un homme. Le régime n'est plus totalitaire, comme les anciens régimes communistes, mais extrêmement autoritaire et il continue d'employer le vocabulaire de ses prédécesseurs pour légitimer son pouvoir et renforcer son prestige. Le discours officiel chinois ignore le mot capitalisme, lui préférant le terme de socialisme de marché et un chef d'entreprise n'est jamais désigné comme un capitaliste mais comme un entrepreneur ! Ce vocabulaire n'est pas neutre d'un point de vue symbolique, il maintient les Chinois dans la continuité de la République populaire de Chine ? la rupture de 1978 est finalement cantonnée à la pratique économique ? et les politiques peuvent revendiquer l'héritage de Mao Zedong, l'icône qui a rendu à la Chine sa grandeur, pour tirer profit de son prestige. La volonté d'accorder plus d'importance au traitement des problèmes sociaux découle autant de la nécessité de relancer la machine économique que de préoccupations idéologiques. En résumé, le régime continuera de se réformer par touches successives mais il serait illusoire de croire qu'il évoluera à court et moyen terme vers la démocratie et le multipartisme. nLa République populaire de Chine vient de célébrer son 60e anniversaire. Étrange moment où le pays reprend ses couleurs révolutionnaires avec une gigantesque parade militaire et un défilé de plus de 100.000 personnes. Trente ans après les réformes économiques de Deng Xiaoping, vingt ans après l'effondrement de l'URSS et après dix ans de boom économique sans précédent, alimenté par un afflux massif de capitaux étrangers, la nature du régime chinois et son évolution laissent perplexe. Sur le plan économique, la messe semble dite avec l'essor d'un secteur privé florissant et l'ouverture des frontières. Sur le plan politique et social, chacun s'interroge sur le sens à donner aujourd'hui au qualificatif de « Chine communiste ». Propos recueillis par Éric BenhamouNONYfan DingOn raconte qu'un jour le chancelier allemand Helmut Schmidt interpella Deng Xiaoping en lui faisant remarquer que le Parti communiste chinois n'avait de communiste que le nom et qu'il était un parti confucianiste. Ce à quoi le dirigeant chinois rétorqua : « Et alors ? » Plus sérieusement, la Chine ne s'est jamais considérée comme communiste. Et le Parti communiste s'est toujours défendu de vouloir gouverner seul et il a toujours associé, sauf pendant la Révolution culturelle, d'autres formations politiques ou sociales à la gestion du pays. Le communisme n'est qu'un objectif lointain qui ne peut être atteint qu'à l'issue d'une longue période de transition où la propriété privée joue et continuera de jouer un rôle positif dans l'économie. La Chine a pu s'inspirer dans le passé du modèle soviétique pour cette phase transitoire avant d'y renoncer. Le pays a alors opté pour une économie socialiste de marché, qui a connu différentes constructions depuis 1949 mais toujours sur les bases d'une économie mixte, avec des facteurs qu'on peut qualifier de capitalistes plus ou moins prononcés. La Révolution culturelle a été une parenthèse, comme une volonté d'accélérer l'histoire pour atteindre le communisme mais cela a été un échec, notamment économique. Le système chinois vise certes à ce que l'État garde un ?il sur le marché, avec pour principal outil un secteur public important, mais dans un but précis : assurer l'élévation du niveau de vie des Chinois. Le parti a d'ailleurs suivi toutes ces évolutions : hier considéré comme l'avant-garde de la classe ouvrière, il se veut aujourd'hui le garant du développement des forces productives, de l'intérêt général et de la culture. Enfin, le gouvernement et le Parti communiste reconnaissent que le système chinois n'est pas parfait, qu'il faut l'améliorer en permanence, à tous les échelons. La réforme fait partie intégrante de notre système. Il reste beaucoup à faire, notamment au niveau de la gestion des entreprises d'État, pour améliorer les règles du socialisme de marché. C'est un système propre à la Chine, dont il ne faut pas nier l'héritage culturel, et qui peut tout à fait se développer dans une compétition pacifique avec les autres systèmes, notamment le système capitaliste. nLa Chine ne s'est jamais considérée comme communiste.

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