Les défis d'un monde malthusien

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À long terme, tous les problèmes économiques sont des problèmes démographiques. C'est ce credo qui a conduit le Cercle des économistes à publier « le Choc des populations », un ouvrage collectif issu des travaux menés aux Rencontres d'Aix-en-Provence en juillet 2009. Avec pour enjeu rien de moins que la guerre ou la paix. Car au-delà même de la crise financière, l'année 2008 a été, pour la génération qui vient, celle d'une « triple rupture », écrivent Pierre Dockès et Jean-Hervé Lorenzi en introduction. Une rupture pour le commerce mondial, avec l'échec des négociations de Doha, souhaité par tous. La rupture du monde émergent, avec la résistance de l'Occident contre la prise de contrôle des entreprises stratégiques par des fonds souverains. Et la rupture la plus importante de toutes, l'entrée dans un monde de ressources rares, marqué par la flambée du prix du pétrole, des matières premières et des produits agricoles. Ces changements longs serviront de marqueur tout au long du XXIe siècle. Et « Malthus pourrait bien vivre sa revanche », estiment les auteurs. contradictionLes deux derniers siècles semblaient pourtant avoir donné tort aux thèses de l'économiste britannique, qui avait mis l'accent sur la contradiction apparente entre la progression de la population (géométrique) et celle de la production (arithmétique). Or, de 1800 à nos jours, la population mondiale a été multipliée par 7, passant de 1 à 7 milliards d'habitants. Les démographes s'attendent désormais à un ralentissement sensible de la progression au cours de ce siècle, puisqu'en 2050, nous serons 9 milliards et non pas 15 milliards comme le laisserait penser une prolongation de la courbe. En fait, l'évolution sera très déséquilibrée. L'Europe va subir le choc du vieillissement démographique, ce qui va changer en profondeur son modèle de société ; l'Afrique va exploser : en 2050, un homme sur cinq pourrait être africain. Comment éviter dans ces conditions de nouvelles crises alimentaires ? Comment partager l'eau, l'énergie, éviter de gigantesques migrations ? La régulation mondiale est très en retard sur ces questions majeures qui, c'est la thèse du livre, sera demain au centre des préoccupations du G20. Ph. Ma. « Le Choc des populations. Guerre ou paix », sous la direction de Pierre Dockès et Jean-Hervé Lorenzi. Fayard (335 pages, 20,90 euros).

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